Qui est Iroro Tanshi, l’une des gagnantes du «Nobel Vert» 2026?

Il est parfois qualifié de « Prix Nobel Vert » : le Prix Goldman pour l’environnement 2026 vient d’être remis. Chaque année, il est réparti en six zones géographiques. Pour cette édition 2026, la lauréate pour le continent africain est l’écologue et chercheuse Iroro Tanshi. Cette Nigériane est engagée pour la protection d’une espèce de chauve-souris « Hipposideros curtus ». Elle nous raconte son initiative.
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RFI : Félicitations pour votre prix Goldman. Vous pouvez nous raconter votre réaction à l’annonce de votre nomination ?
Merci ! J’ai pleuré (rire) ! J’étais en train de faire une sieste un après-midi quand l’appel est arrivé. Et honnêtement je ne savais pas comment réagir. J’ai cru que j’étais dans un rêve… parce que l’appel m’avait réveillée. Je dois dire que j’étais très contente, très émue et oui : j’ai fini par pleurer.
RFI : Vous avez notamment lancé une campagne communautaire pour protéger le refuge de chauves-souris dans la réserve du Afi Mountain Wildlife Sanctuary au Nigeria dans l’État de Cross River. Vous pouvez nous en dire plus ?
Oui, les chauves-souris « Hipposideros curtus » que j’ai redécouvertes il y a quelques années au Nigeria sont une espèce menacée par la perte de leur habitat. C’était assez simple d’établir le risque principal qui les visait : les feux de forêt d’origine humaine. Ils représentaient vraiment la plus grande menace pour la survie de cette chauve-souris. Nous avons donc commencé à aller à la rencontre de locaux à proximité de la réserve pour discuter de ce problème. Les gens voulaient faire quelque chose à propos des feux : il y avait de l’éducation à mettre en place, et bien sûr des dialogues… Nous avons notamment parlé aux chefs des communautés pour savoir quoi faire. Nous avons abordé divers sujets comme la sécheresse des sols, les pluies… Certaines personnes ignoraient ce qu’était le changement climatique. Nous avons donc mis en place un simple programme de formation pour les agriculteurs.
En parallèle, nous avons mis au point des brigades de pompiers volontaires qui ont patrouillé et maîtrisé efficacement plus de 70 départs de feu entre 2022 et 2025. Leurs interventions ont permis d’éviter tout incendie grave dans ou autour de la réserve, préservant ainsi non seulement l’habitat fragile des chauves-souris, mais aussi les communautés et les forêts environnantes.
RFI : Votre initiative reposait sur une volonté forte de protéger les chauves-souris… Pourquoi les chauves-souris particulièrement ?
Parce que les chauves-souris sont cruciales pour l’écosystème. Vous protégez ces chauves-souris, vous protégez leur habitat. Et ça veut dire que vous protégez d’autres espèces aussi. Vous protégez toute la biodiversité comme les gorilles par exemple. Parce que ces chauves-souris, et surtout celles spécifiquement appelées « Hipposideros curtus », ont besoin d’un habitat vierge, non perturbé, pour prospérer et maintenir leur colonie, même des petites colonies de 10-15 individus. La forêt est le lieu où elles trouvent de la nourriture et elles vont chercher de quoi manger la nuit. Donc si vous protégez le lieu où elles dorment et le lieu où elles mangent, vous avez résolu le problème.

RFI : Et en quoi sont-elles bénéfiques pour l’environnement et pour l’homme ?
À bien des égards, les chauves-souris s’aventurent dans les exploitations agricoles et se nourrissent d’une grande partie des insectes qui s’y trouvent. Des données et des études démontrent que les chauves-souris représentent un avantage considérable : là, je parle de millions de dollars par an d’économies réalisées sur l’utilisation des pesticides. C’est tout simplement incroyable parce que protéger les chauves-souris, c’est protéger vos moyens de subsistance et votre sécurité alimentaire. Et nous parlons de l’Afrique… Pour les gens dans la forêt, les personnes qui vivent à la lisière de la forêt, la nourriture passe presque directement de la ferme à la table. Donc gérer le problème des parasites à la ferme est crucial pour réduire les menaces sur la sécurité alimentaire. Quand vous protégez l’habitat de la chauve-souris, vous protégez la capacité de la chauve-souris à aller dans les fermes de cacao par exemple, et vous aurez donc du chocolat à table ! Par ailleurs, notre campagne contre les incendies a permis de préserver les récoltes et les moyens de subsistance d’environ 27 000 personnes dans les 16 communautés voisines.
RFI : Quels sont vos projets pour la suite ?
Avec mon ONG, la Small Mammal Conservation Organisation, on tente désormais d’exporter le programme à l’étranger pour éviter les incendies de forêt. Nous avons lancé le projet de la « Tropical fire alliance » dans le monde. J’ai hâte de voir ses effets sur le long terme. Car moins d’incendies, c’est moins de carbone dans l’atmosphère. La forêt peut redevenir une vraie forêt, un puits de carbone (NDLR : un réservoir naturel ou artificiel qui absorbe et stocke le carbone de l’atmosphère), pas une source de carbone. C’est là toute la différence.



