Musée de la rumba à Kinshasa: «C’est comme si Papa Wemba était encore vivant»

Le 24 avril marque les dix ans de la mort de Papa Wemba, décédé sur scène lors du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) en Côte d’Ivoire. À Kinshasa, son pays natal, le Musée national de la rumba tente de faire vivre la mémoire de l’artiste à la voix perchée.

Dix ans après sa disparition, Papa Wemba n’a jamais vraiment quitté Kinshasa. Dans le quartier de Ma Campagne, il suffit de demander son chemin pour s’en convaincre. « Ndaku ya vieux Bokul eza wapi ? » (« La maison du vieux Bokul est par où ? »), lance-t-on. La réponse fuse, évidente : « Troisième à gauche. » Ici, tout le monde connaît la maison de l’artiste.

« C’était quelqu’un de très accessible, il prenait des nouvelles des habitants du quartier, il discutait avec les mamans et les voisins », se rappelle Marie-Laure Yaone, sa fidèle manageuse qui l’a accompagné pendant 20 ans, jusqu’à sa mort le 24 avril 2016, lorsqu’il s’effondre sur la scène du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) à Abidjan.

L’univers du chanteur

Si un monument de la musique congolaise s’est écroulé ce jour-là, sa maison à Kinshasa veut garder sa mémoire indélébile. Pour entrer chez Papa Wemba, il faut d’abord passer un imposant portail noir forgé où est gravée, au centre, l’immense silhouette de l’artiste, bras ouverts en croix, paumes tournées vers l’intérieur, une position scénique devenue mythique pour celui qui était affublé de surnoms : Mwalimu, M’Zee, Chef du village Molokaï, Bakala Dia Kuba, …

Derrière, la résidence de Papa Wemba est inchangée : une petite villa blanche, légèrement décrépie. L’auteur-compositeur-interprète l’a acquise dans les années 1990 après la signature d’un contrat avec la société brassicole Bracongo.

Du portrait de la mère de Papa Wemba à la boîte à cigares ouverte, en passant par le vaisselier et les fauteuils vintage, tout semble figé dans le temps, jusqu’à la canne en bois, comme déposée à l’instant.

« L’idée est de plonger le visiteur dans la vie de Papa Wemba et de retracer les moments forts de sa carrière », indique Glodi Nkiadiasivi, directeur adjoint du musée, pointant les nombreuses toiles accrochées au mur et peintes par l’artiste : « Souvent, ses fans ne savent pas qu’il a aussi été peintre. » Dans le salon, la bibliothèque, parsemée de romans et de bibles, témoigne de ses influences religieuses et rappelle ses premiers chants lorsqu’enfant, il chantait dans la chorale d’une église de Kinshasa.

Les chapeaux de Papa Wemba.
Les chapeaux de Papa Wemba. © Aurélie Bazzara / RFI

La pièce maîtresse du musée est sans nul doute la collection de chapeaux de l’artiste. On peut admirer l’imposant haut-de-forme noir qu’il a porté lors de son mariage, ou encore le chapeau cloche violet qu’il portait lors de son dernier concert en Côte d’Ivoire.

« Papa Wemba disait que la sape commence de la tête aux pieds », commente Glodi Nkiadiasivi. Car le chanteur à la voix perchée et suave, qui a su faire connaître la rumba congolaise aux quatre coins de la planète, incarnait aussi tout un état d’esprit : il était l’éminent représentant de la Sape, la société des ambianceurs et des personnes élégantes.

Patrimoine de la rumba congolaise

S’il s’agit bien de la résidence de Papa Wemba, la direction du musée veut casser un mythe : ce n’est pas le musée Papa Wemba, c’est bien le Musée national de la rumba. D’ailleurs, l’une des pièces de la maison est consacrée à une exposition photographique temporaire qui retrace les grands moments de la carrière de Tabu Ley Rochereau.

La résidence familiale a été acquise par l’État congolais en 2021 pour 750 000 dollars américains, puis placée sous la direction de l’Institut des musées nationaux pour devenir l’un des temples de la rumba congolaise. L’objectif est de créer un espace de mémoire et de promotion du style, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis le 14 décembre 2021.

« C’est un symbole très fort qu’a envoyé l’État avec cette acquisition », estime Marie-Laure Yaone, qui ajoute : « ​​​​​​​La rumba raconte notre histoire : de l’esclavage à l’indépendance, en passant par des étapes intimes de la vie de chacun, elle nous unit. »

Le salon de Papa Wemba dans sa maison devenue le Musée de la Rumba à Kinshasa.
Le salon de Papa Wemba dans sa maison devenue le Musée de la Rumba à Kinshasa. © Aurélie Bazzara / RFI

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Le Musée national de la rumba, qui se décrit comme un site patrimonial et un espace culturel, n’accueille que quelques centaines de visiteurs par an et souhaite en recevoir cent mille d’ici l’année prochaine.

Mais sans budget propre, et alors que le gouvernement congolais consacre moins de 1% de son budget national à la culture, difficile d’élargir les collections pour attirer le public. La direction du musée compte sur les dons. « ​​​​​​​Le chanteur Fabregas nous a légué un trophée et nous essayons d’encourager les autres artistes à lui emboîter le pas », explique le directeur adjoint du musée.

Faire vivre le musée

Mais lorsque l’on déambule dans la résidence et le jardin, on aurait aimé pouvoir écouter les grands tubes de rumba, d’abord ceux de Papa Wemba comme « Maria Valencia », « Mère supérieure » ou encore « Six millions ya ba soucis ». Puis ceux des précurseurs du style comme Wendo Kolosoy, ou encore Youlou Mabiala, Sam Mangwana. Ou se plonger dans l’histoire même de ce style, qui a pris naissance il y a 500 ans dans ce qui était encore le royaume Kongo, avant d’être façonné en Amérique latine lors de la traite négrière. « ​​​​​​​Nous avons de nombreux projets pour faire vivre le musée, mais nous manquons de financement », regrette un membre du secteur culturel congolais. 

Pour le moment, les visiteurs doivent se contenter des fresques peintes en couleurs vives sur les murs de la parcelle, qui rendent hommage aux grands noms de la rumba congolaise comme Grand Kallé et Franco Luambo Makiadi.

Un peu plus loin, Papa Segu, 70 ans, le jardinier de Papa Wemba, repique des fleurs. Il suffit de l’écouter pour imaginer aisément les concerts et répétitions du mythique orchestre Viva La Musica qui ont pu se tenir dans le vaste jardin. Il fut l’une des premières oreilles de Papa Wemba : « ​​​​​​​Il m’appelait toujours pour me demander mon avis sur les chansons qu’ils étaient en train de créer », témoigne le vieil homme, qui part en fredonnant « Mère supérieure ». Les fleurs ont changé, les saisons aussi, mais la voix de Papa Wemba continue de résonner dans le jardin.

Facebook / Instagram du musée national de la rumba 

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