Madagascar: quatre membres de la Gen Z arrêtés, la société civile dénonce «un recul des droits civils»

À Madagascar, l’arrestation dans des circonstances troubles de quatre membres de la Gen Z dimanche 12 avril suscite la consternation. Parmi eux, Herizo Andriamanantena, l’un des visages les plus médiatiques du mouvement, avait appelé à une manifestation vendredi dernier. Tous ont été placés en détention préventive à la Brigade criminelle d’Anosy à Antananarivo dimanche, avant que deux d’entre eux, mais pas le principal leader, ne soient remis en liberté mardi soir. Ils sont poursuivis pour « atteinte à la sûreté de l’État », « association de malfaiteurs » et « trouble à l’ordre public ».

Publié le : Modifié le :




3 min Temps de lecture

Avec notre correspondant à Antananarivo, Guilhem Fabry

Les chefs d’inculpation retenus sont très lourds : le délit d’atteinte à la sûreté de l’État est passible de cinq ans de prison à Madagascar. La manifestation de vendredi a réuni quelques dizaines de personnes contre les pratiques mafieuses et pour la dissolution de plusieurs institutions, dont l’Assemblée nationale. « Ils sont poursuivis car la manifestation n’a sûrement pas eu les autorisations requises vendredi dernier. C’est ça qui leur est reproché », explique Maître Maromanana Aliarivelo, l’un des avocats des accusés. 

« Les circonstances de l’arrestation ont été violentes. L’un des jeunes que j’ai assistés a été arrêté dimanche vers 23 h par des hommes cagoulés. L’un des accusés montre aussi des signes de blessure, avec un œil au beurre noir. On a demandé à ce qu’il soit ausculté par un médecin. Leurs têtes ont été cachées par des capuchons, si bien qu’ils ne voyaient rien de ce qu’il se passait autour d’eux », indique-t-il.

« Sur la forme, on soupçonne déjà des vices de procédure par rapport à l’arrestation et au respect du droit de la défense. On ne nous a même pas informés que les jeunes avaient été auditionnés samedi soir. On compte se prévaloir de cela une fois que le dossier aura été instruit au niveau du tribunal », poursuit l’avocat. 

À lire aussiMadagascar: six mois de pouvoir militaire, quel bilan pour les jeunes?

« Un recul inquiétant des engagements pris en faveur des droits civils et politiques »

Une autre source proche du dossier rapporte à RFI des « enlèvements » car, selon elle, « plusieurs de ces jeunes ont été embarqués dans des véhicules aux vitres teintées par des militaires nullement habilités ».

Le député Antoine Rajerison, très actif dans la mobilisation populaire de l’an dernier, dénonce quant à lui des méthodes autoritaires. « Tout le monde a le droit de manifester, tout le monde a le droit de s’exprimer comme prévu par notre Constitution malgache », s’indigne-t-il.

« Les dirigeants devraient respecter ces droits humains fondamentaux mais malheureusement la liberté d’expression est très en danger actuellement à Madagascar. Les dirigeants ne cessent de répéter les erreurs du passé. Cette situation risque de jeter de l’huile sur le feu ».

Sollicitée sur cette affaire, la Présidence malgache répond que « seule la justice est compétente pour traiter ce dossier » et assure « ne pas s’y interférer par respect du principe de séparation des pouvoirs ».  

Mardi soir, 69 organisations de la société civile malgache – dont le collectif ROHY ou l’ONG Transparency International Initiative Madagascar – ont dénoncé des « arrestations arbitraires » et « un recul inquiétant des engagements pris en faveur des droits civils et politiques ». 

À lire aussiÀ Madagascar, le président de la Refondation affiche une main tendue à la jeunesse

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close