Ile Maurice: Une aide qui ne suit plus la réalité

La compensation salariale de Rs 635 par mois fond à une vitesse vertigineuse dès qu’on ouvre son portefeuille. Étalée sur 31 jours, elle représente à peine Rs 20 par jour, soit une poignée de pièces face à la flambée continue des prix alimentaires (voir le tableau) et du carburant. Ainsi, pour beaucoup d’employés, la mesure ressemble davantage à un signal politique qu’à un véritable amortisseur social.
Du côté d’Ébène, Corrine fait ses comptes à chaque fin de mois et le constat reste le même. Employée dans un centre d’appels et mère de deux enfants, elle gagne environ Rs 30 000. Si cela semble suffisant sur le papier, la réalité est tout autre. «Les dépenses essentielles prennent presque tout», dit-elle. Courses, transport, factures. Le reste ? Presque rien. La compensation, elle, «ne couvre même pas une hausse au supermarché».
Par ailleurs, les prix continuent de grimper plus vite que les revenus et les ajustements publics peinent à suivre le rythme. Corrine évoque aussi la réduction progressive de la Contribution sociale généralisée, perçue comme un filet de sécurité, qui s’effrite. Dès lors, elle s’interroge sur la cohérence de ces choix et insiste sur la nécessité d’agir à la racine, notamment à travers une revalorisation des salaires de base plutôt que des mesures ponctuelles.
Dimitri, 29 ans, employé dans une compagnie de distribution alimentaire, observe cette hausse des prix au quotidien. Ainsi, il souligne un décalage entre les discours sur le pouvoir d’achat et la réalité sur le terrain. Selon lui, la classe moyenne encaisse de plein fouet ces augmentations sans véritable soutien, en dehors de la liste des produits éligibles au Price Stabilisation Fund. «Des subventions sur une boîte de sardines ou de pilchards mais qui en consomme tous les jours ? Le gouvernement devrait plutôt soutenir des produits plus sains, pas seulement les conserves. Il existe des aliments que les Mauriciens achètent vraiment au quotidien comme le poulet,le poisson,les légumes frais ou encore les brèdes (…)», argumente-t-il.
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À ce sujet, des études scientifiques, notamment issues de bases de données comme PubMed et évaluées par des agences telles que l’Organisation mondiale de la santé, indiquent que les aliments en conserve sont sûrs. Toutefois, elles précisent qu’une exposition au bisphénol A, une substance chimique utilisée dans certains revêtements de boîtes alimentaires, peut être associée à certains effets potentiels sur la santé cardiovasculaire et hormonale.
Du côté syndical, le ton se fait plus ferme. Au Mauritius Labour Congress, le président, Haniff Peerun, estime que la pression sur les travailleurs ne cesse de s’intensifier. Entre la hausse de 15 % du tarif de l’électricité, l’augmentation du diesel, les incertitudes autour de l’essence ainsi que celle du pain, les dépenses s’accumulent et grèvent davantage le budget des ménages. Dans cette optique, il plaide pour un encadrement plus strict des prix afin de limiter les dérives. Il avance que des contrôles rigoureux, de l’importation à la mise en rayon, pourraient apporter un certain soulagement aux consommateurs. En parallèle, il appelle à la mise en place de subventions pour certains produits essentiels.
Cependant, même si des mesures existent pour les plus vulnérables, il estime que la classe moyenne reste la plus exposée. Progressivement, elle s’appauvrit et voit son pouvoir d’achat s’éroder. C’est pourquoi il appelle à une concertation tripartite entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats afin de trouver des solutions communes. En attendant, il propose également un paiement intérimaire pour les employés et les retraités. Pour terminer, il estime que l’État devrait montrer l’exemple en réduisant les salaires des ministres et des députés ainsi que certaines allocations.
Une telle démarche enverrait un signal fort dans un contexte où de nombreux ménages doivent faire des compromis au quotidien, allant parfois jusqu’à compter sur les restes de la veille pour les repas du lendemain.
De son côté, la State and Other Employees Federation of Mauritius partage ces inquiétudes. Par la voix de son négociateur Radhakrishna Sadien, il considère que l’ajustement actuel ne suit pas l’évolution des prix. Selon lui, «il est trop faible par rapport à l’indice des prix à la consommation et doit être revu à la hausse car la vie devient de plus en plus difficile».


