Ile Maurice: Inflation – Le vrai choc reste à venir

L’évolution de l’inflation au premier trimestre 2026, telle que publiée par Statistics Mauritius en fin de semaine, donne à première vue l’image d’une hausse contenue des prix. Mais une lecture plus fine révèle une dynamique plus préoccupante : celle d’une inflation déjà bien installée, à la veille d’un possible choc énergétique.
Le taux d’inflation global ou headline inflation s’est établi à 3,6 % en 2024, puis à 3,7 % en 2025, avant d’atteindre 4,2 % sur les 12 mois se terminant en mars 2026. Cette progression confirme que les tensions sur les prix ne sont pas nouvelles, mais s’inscrivent dans une tendance haussière amorcée bien avant les récentes augmentations des prix de l’énergie.
Sur le trimestre lui-même, l’indice des prix à la consommation (CPI) est passé de 108,2 en décembre 2025 à 109,6 en mars 2026, soit une hausse de 1,3 %. Derrière cette évolution globale se cache une inflation diffuse, alimentée par plusieurs composantes du panier de consommation des ménages.
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Les produits alimentaires ont constitué l’un des principaux moteurs de cette hausse. L’augmentation marquée des prix des légumes – de l’ordre de 7,9 % – a contribué à elle seule à environ 0,3 point de la progression du CPI. À cela s’ajoutent les hausses observées sur les viandes, les fruits et certains produits transformés. Cette composante reflète en grande partie une inflation importée ou liée à des facteurs exogènes, tels que les conditions climatiques ou les coûts logistiques, ce qui rend ces prix particulièrement volatils.
Cependant, limiter l’analyse à l’alimentation serait réducteur. Une part croissante de l’inflation observée provient désormais de facteurs domestiques. Le logement, par exemple, contribue à la hausse des prix à travers l’augmentation significative des salaires des ouvriers (+16,7 %), ainsi que la progression des loyers et du coût du gaz domestique.
De même, les services de santé enregistrent des hausses notables, avec une augmentation des honoraires médicaux et des frais de laboratoire, tandis que l’éducation se distingue par une forte progression des frais de scolarité et des cours particuliers, atteignant parfois près de 16 %. À cela s’ajoutent les hausses dans les assurances, les services financiers et les services personnels, comme la coiffure ou l’assistance aux personnes âgées.
Plus persistant
Ces évolutions traduisent un basculement progressif de l’inflation à Maurice. Si les facteurs importés, notamment alimentaires, restent présents, l’inflation devient de plus en plus structurelle, portée par les coûts internes, en particulier les salaires et les services. Ce type d’inflation est généralement plus persistant, car il dépend moins des fluctuations internationales et davantage des dynamiques internes de l’économie.
Dans une perspective comparative, Maurice se situe encore dans une zone intermédiaire. En 2024, son taux d’inflation de 3,6 % était relativement proche de celui observé dans certaines économies avancées comme les États-Unis (3,0 %) ou le RoyaumeUni (2,5 %), tout en restant inférieur à des pays comme l’Inde (4,6 %) ou l’Afrique du Sud (4,4 %). Toutefois, avec un taux atteignant 4,2 % en mars 2026 et des projections officielles autour de 6 %, le pays pourrait progressivement s’éloigner des standards des économies avancées pour se rapprocher de profils plus inflationnistes.
Mais l’élément central de cette analyse réside dans ce que ces chiffres ne capturent pas encore. Le premier trimestre 2026 précède en effet une série de hausses significatives intervenues à partir d’avril. Les prix de l’essence et du diesel ont été relevés de 10 %, avec des répercussions directes et indirectes sur les coûts de transport et de production. Le prix du pain a également augmenté de 50 %, touchant un produit de base essentiel.
Plus important encore, une hausse de 15 % des tarifs d’électricité est prévue à partir du 1eᣴ mai, ce qui devrait entraîner un renchérissement généralisé des coûts dans l’ensemble de l’économie.
«Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes, notamment autour de l’Iran, les prix de l’énergie pourraient rester durablement élevés, accentuant les pressions inflationnistes. Les effets de second tour, à travers l’ajustement des prix par les entreprises, risquent d’amplifier cette dynamique», souligne un analyste financier. Dès lors, les données du premier trimestre doivent être interprétées non comme un signal de stabilisation, mais comme un point de départ.
Les prochaines publications du CPI, en particulier celles couvrant les mois d’avril et de mai, seront déterminantes pour mesurer l’impact réel de ce choc énergétique. Elles permettront d’évaluer dans quelle mesure l’inflation mauricienne bascule vers un niveau plus élevé et plus durable.
Dans ce contexte, l’objectif d’une inflation à 6 %, avancé par le ministère des Finances, apparaît non seulement plausible, mais pourrait même être dépassé si les pressions énergétiques persistent et se diffusent largement dans l’économie.


