Football: Nhoa Sangui, du quartier au Paris FC en suivant le plaisir et le mouvement

À 20 ans, installé au poste d’arrière gauche au Paris FC en Ligue 1, Nhoa Sangui avance sans tapage, fidèle à une boussole simple : le plaisir. De Creil à Beauvais, des sélections de jeunes en équipe de France Espoirs, le Franco-Congolais s’est construit en « suivant le mouvement », porté par une famille derrière lui et un père qui lui répète de « jouer son football ».
Au début, il n’y avait ni plan de carrière, ni tableau de marche, ni de « projet Ronaldo ». Juste un ballon, un quartier et des journées rythmées par les tournois improvisés. Né à Creil, grandi à la Commanderie à Nogent-sur-Oise, passé par Beauvais, Nhoa Sangui a d’abord vécu le football comme une évidence. Chez lui, tout tournait autour du jeu. « Quand on était dehors, c’était pour jouer au foot, les grands jouaient au foot, les petits jouaient au foot, cela faisait des tournois de foot », raconte-t-il lors d’un entretien organisé par la Ligue de football professionnel.
Au milieu, un grand frère qu’il observe beaucoup, qu’il suit partout. Il ne le sait pas encore, mais ce mimétisme-là le mènera loin : « J’ai fait que du foot, dans mon entourage mes amis font du foot, ça veut dire que j’ai suivi. »
Suivre le mouvement, trouver sa voie
Son histoire n’est donc pas celle d’un enfant qui, un matin, se jure d’être pro. Juste celle d’une progression continue, presque tranquille, nourrie par les opportunités. « En vrai, j’ai pas eu de déclic. C’est juste en faisant ce que j’aime. J’ai eu des propositions de club, on m’a expliqué qu’on pouvait rentrer dans des structures pros. Donc voilà, j’ai juste suivi le processus », résume-t-il.
Ce principe de « suivre le mouvement », chez lui, n’est pas de la passivité, mais plutôt une façon d’accepter le chemin sans s’inventer un personnage. À Reims, il est le « petit du centre de formation qui monte avec les pros », l’un de ces jeunes qu’on lance, qui doit prouver en silence. Au Paris FC, où il débarque en juillet 2025 avec un transfert et donc des attentes, la posture change. « Là, c’est un Nhoa qui vient de faire un transfert, qui est un peu attendu. Le Nhoa d’aujourd’hui est plus mature, plus concentré, plus déterminé », se définit-il.
Les chiffres disent aussi cette progression. À 20 ans, il a déjà disputé 23 matchs cette saison avec le PFC. Dans un club installé au 10e rang de Ligue 1, quasiment assuré de se maintenir, ce temps de jeu n’est pas anodin. Sangui, lui, refuse d’en faire une victoire : « Pour moi, le plus important, c’est d’avoir du temps de jeu, et je trouve que j’en ai. Certes, à un moment donné, j’étais blessé, ou sur le banc. Mais aujourd’hui, je pense que c’est une bonne saison pour moi pour le moment. »
Les racines congolaises et le mantra du père
Latéral gauche moderne, sélectionné dans toutes les catégories de jeunes jusqu’aux Espoirs, Nhoa Sangui s’inspire de tout le monde, refuse de se limiter à un seul modèle, même s’il concède un nom : Nuno Mendes. Chez le Portugais du PSG, il retrouve cette capacité à avaler le couloir, à répéter les efforts, à être à la fois défenseur et menace offensive. Pour le reste, Sangui observe, pioche : un geste chez un ailier « comme Moses Simon » ou une attitude chez un défenseur central comme « Moustapha Mbow ».
S’il avance l’air tranquille, c’est aussi parce qu’il sait d’où il vient. Sangui est Congolais par ses deux parents, par ce qui se parle, se mange, se chante à la maison. « Je suis fier de mes origines. Chez moi, je continue à manger les plats congolais de la maman, je suis fier d’être Congolais », insiste-t-il.
Dans ce cocon, la famille accompagne, suit, se déplace. « Ils m’ont toujours soutenu, que ce soit dans les tournois, les matchs. Même quand je ne jouais pas, ils étaient toujours là. Ils ne m’ont jamais lâché jusqu’à aujourd’hui. Ils sont plus passionnés que moi, je dirais même », sourit-il.
Au cœur de cette équipe affective, il y a une voix qui revient, avant chaque match, comme une bande-son intérieure : celle de son père. « Mes parents me disent toujours d’aller à fond, de ne pas écouter les gens. »Joue ton football », ça, c’est la phrase de mon père. » Jouer son football, pour Sangui, c’est être fidèle à ce qu’il est, à ce qu’il a montré pour arriver là. Ne pas se travestir pour plaire, ne pas surjouer. « Si t’es là aujourd’hui, c’est parce que t’as montré des choses, tu n’as pas inventé. Reste toi-même », traduit-il.
Cette fidélité passe par un mot qu’il répète comme un refrain : « plaisir ». Plaisir de jouer, d’être avec les autres, d’entraîner le corps dans l’effort sans que la pression ne prenne le dessus. Il en a fait son conseil principal aux plus jeunes qui souhaiteraient suivre sa trace : ne pas se perdre dans les paroles des agents, des coachs, des réseaux sociaux, mais revenir au terrain, au jeu. « Quand on a commencé le foot, c’était pour prendre du plaisir. C’était juste pour ça », insiste-t-il.



