EN DIRECT – Mali: après la mort du ministre de la Défense, les populations inquiètes malgré un certain calme

🎧 La situation sécuritaire au Mali préoccupe aussi les routiers

Au volant de son camion plateau, Salif s’apprête à passer sur le pont-bascule à la sortie d’Abidjan. Le chauffeur ramène un container et sa marchandise. « Prochainement je dois aller au Mali, jusqu’à Bamako, je vais y arriver », raconte-t-il à notre correspondant en Côte d’Ivoire, Benoît Almeras. Mais hors-micro, le jeune homme se dit inquiet après les attaques du weekend, comme beaucoup de ses collègues.

Parmi eux, les chauffeurs de camions-citernes, récemment ciblés par les jihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim, selon son acronyme arabe). Amid va prendre la route du nord, avec une cargaison d’essence. En plus d’une prime de risque, il compte sur l’escorte de l’armée malienne, garante de sa sécurité. « Il faut partir avec le convoi, que l’on doit obligatoirement attendre », raconte le chauffeur.

La Côte d’Ivoire est le principal fournisseur du pays du Sahel, notamment grâce aux centaines de camions qui rallient chaque jour Bamako à partir du port d’Abidjan. Mais l’offensive des djihadistes du Jnim réveille les craintes d’embuscades. Sur le parking de la station de pesage, des dizaines d’apprentis patientent près de leurs poids-lourds, à l’image de Moussa. Il se rend au Mali à contrecœur. « Mais je n’ai pas le choix, c’est le travail, mais en vérité on a peur », se résigne Moussa. Au dernier trimestre 2025, plus de 25 000 camions ont transité entre le Mali et la Côte d’Ivoire.

🎧 La diaspora malienne à Dakar s’inquiète

La diaspora malienne au Sénégal reste suspendue à l’évolution de la situation sécuritaire au Mali. La tournure des événements plonge une famille malienne dans l’angoisse, que notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier, a rencontrée dans le quartier de Grand Yoff.

Dans le salon familial, en même temps qu’elle tresse l’une de ses cousines, Aminata, elle, est accrochée à son téléphone. Une partie de sa famille habite dans la région de Sikasso dans le sud du Mali. Elle redoute la nouvelle d’une attaque survenue dans la zone : « Ce n’est pas facile d’être à Dakar. Tout le temps, je suis les informations sur TikTok et Facebook. J’espère que la paix va revenir vite. »

Ces dernières 24 heures, l’angoisse est montée d’un cran. La tournure des évènements accentue le sentiment d’une situation hors de contrôle chez Sekou, étudiant malien à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) : « Les attaques sont partout, cela peut arriver n’importe où et n’importe quand. Sachant que Kati est l’une des villes les plus sécurisées du Mali, savoir qu’elle est attaquée me fait extrêmement de la peine. »

Pour l’heure, l’étudiant arrive à joindre facilement sa famille. Toute la journée, son téléphone est inondé de notifications liées aux attaques. Ici à Dakar, Sekou se sent déconnecté de son quotidien : « On est là physiquement, mais le cœur est toujours au Mali. Après mes études, que va-t-on trouver au Mali dans quelques années ? Cela nous inquiète vraiment. » À l’est du Sénégal, au niveau de la ville de Kidira, près de la frontière avec le Mali, la situation était calme dimanche soir selon des sources locales.

🔎 Avec la chute de Kidal, rebelles indépendantistes et jihadistes officialisent leur collaboration

Au nord, à Kidal, le Front de libération de l’Azawad (FLA), groupe autonomiste, a revendiqué la prise de Kidal. À leurs côté, les jihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM).

C’est la première fois que rebelles et jihadistes s’affichent de façon officielle, avec des objectifs affichés conjointement. Selon notre spécialiste du Mali, David Baché, les deux groupes gèrent actuellement la ville de Kidal même si, avec des intérêts divergents, il est pour le moment difficile de prédire comment cette collaboration va évoluer. D’un côté, le GSIM, ou JNIM selon son acronyme arabe, affiche depuis longtemps des aspirations de conquête territoriale et politique pour instaurer la Chariah sur différents pays d’Afrique de l’Ouest tandis que les rebelles souhaitent l’indépendance des régions du nord du Mali, appelées l’Azawad.

Ce n’est pour autant pas la première fois que les indépendantistes du nord collaborent avec les djihadistes. En mai 2024, ils avaient entamé des discussions dans l’optique d’établir un pacte de non-agression pour continuer leurs activités respectives, qui convergeaient dans la lutte contre les éléments de Wagner, maintenant Africa Corps. Quelques mois plus tard, une attaque d’ampleur contre les troupes de Wagner avait eu lieu à Tinzaouatène en juillet 2024. De nombreux soldats blancs avaient alors perdu la vie.

L’African Corps confirme avoir quitté Kidal

Dans un communiqué diffusé ce lundi matin sur X et leurs réseaux Telegram, l’African Corps, anciennement Wagner, a confirmé avoir quitté Kidal « conformément à la décision conjointe des dirigeants de la République du Mali ». « Les militaires blessés et le matériel lourd ont été évacués », ajoute le communiqué.

La veille, les rebelles autonomistes du Front de libération de l’Azawad avait annoncé avoir trouvé un terrain d’entente avec les soldats russes « en vue de garantir leur retrait sécurisé des combats », précisait Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA. Selon lui, les militaires maliens et leurs alliés russes se sont définitivement retirés de la ville de Kidal dimanche soir.

Pour autant, « le personne continue de remplir la mission de combat, la situation en République du Mali est compliquée », complète le communiqué de l’Africa Corps. 

🎧 À Kati, «le calme revient peu à peu, mais aucun commerçant n’a osé ouvrir sa boutique» dimanche

Kati est encore sous le choc des attaques, notamment celle qui a coûté la vie du ministre de la Défense Sadio Camara : les assaillants ont utilisé un camion bourré d’explosifs, touchant la maison du ministre et des habitations voisines, dont une mosquée voisine. Outre le général Sadio Camara, plusieurs autres personnes ont été tuées.

À Kati, les activités économiques tardent à reprendre. Pour un commerçant du grand marché de cette ville, la situation n’est pas rassurante, car les marchés restent fermés et les commerçants vivent toujours la peur au ventre.

« La junte doit assumer son échec, le dialogue national doit s’ouvrir », communique la Coalition des forces pour la République de l’imam Mahmoud Dicko

« Le Mali est en danger. » Dans un communiqué diffusé hier, la Coalition des forces pour la République, mouvement d’opposition en exil de l’imam Mahmoud Dicko, s’est inquiété de la situation dans le pays.

« La confusion du moment ne doit pas masquer l’essentiel : le Mali vient de subir une nouvelle démonstration de l’échec sécuritaire du régime militaire », a déclaré le mouvement composé de nombreux acteurs politiques opposés à la junte qui « condamne toute attaque contre les populations civiles, les lieux publics, les infrastructures essentielles et les biens des citoyens ». Ils demandent la démission de la junte et « l’ouverture immédiate d’une transition civile, républicaine et inclusive ».

🎧 Retrouvez notre édition de 6h30 TU, ce lundi matin

Retrouvez notre édition spéciale de ce lundi matin, à 6h30 TU, avec nos invités Alioune Tine, juriste et ancien expert des Nations unie sur le Mali, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice, ainsi que notre correspondant régional dans la région, Serge Daniel et notre spécialiste sur le Mali, David Baché.

La présidence malienne reste silencieuse

Le président de la Transition reste silencieux. Selon les informations de notre correspondant régional, Serge Daniel, le général Assimi Goïta était présent à Kati, théâtre de nombreux combats dans les journées de samedi et de dimanche.

Vite exfiltré à bord d’un convoi militaire vers le camp de Samanko, centre des forces spéciales dont il est issu, il aurait depuis quitté ce camp et, d’après son entourage, il serait bien vivant. Aucune information n’a pour autant filtré sur sa situation actuelle.

Bonjour à toutes et à tous !

Bienvenue dans ce direct du lundi 27 avril, consacré aux attaques coordonnées survenues samedi 25 avril contre plusieurs villes au Mali. Si vous avez manqué les événements de la veille, vous pouvez retrouver l’historique complet dans notre direct précédent.



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