Cameroun: Un arbitre international condamné à 10 mois pour avoir ignoré la cour suprême

Un arbitre international derrière les barreaux. La sentence prononcée contre Félix Gomchi n’est pas seulement une condamnation individuelle c’est le révélateur brutal d’une gouvernance sportive qui déraille. Dix mois de prison ferme pour avoir maintenu une fonction que la justice avait pourtant invalidée. Le signal est fort.
Ce qui s’est passé concrètement
Félix Gomchi est arbitre international de volley-ball et président de la Ligue Régionale de Volleyball du Centre au Cameroun. Le Premier Président de la Cour Suprême avait prononcé l’annulation de son élection à la tête de cette instance régionale. Une ordonnance claire, sans ambiguïté.
Gomchi a choisi de l’ignorer. Il a continué à exercer ses fonctions, à signer des actes, à représenter la ligue comme si la décision judiciaire n’existait pas. Ce maintien délibéré dans une fonction invalidée constitue, aux yeux de la loi camerounaise, une usurpation de fonction. Le tribunal a tranché : dix mois de prison ferme.
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Pourquoi un responsable sportif en arrive là
L’usurpation de fonction dans le sport camerounais n’est pas un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans un contexte plus large où les structures fédérales et ligues régionales sont régulièrement le théâtre de conflits de pouvoir élections contestées, mandats prolongés sans base légale, décisions exécutives ignorées.
La présidence d’une ligue sportive, même régionale, représente un levier d’influence réel : accréditations, sélections arbitrales, gestion des compétitions locales. Ces positions sont disputées avec une intensité qui dépasse souvent leur portée apparente. Quand une élection est annulée, céder le pouvoir signifie perdre l’accès à ces ressources. Certains choisissent de résister. Gomchi l’a fait. La justice lui a répondu.
Le mécanisme judiciaire qui a conduit à la condamnation
L’ordonnance du Premier Président de la Cour Suprême du Cameroun constitue une décision exécutoire immédiate. La contester ou l’ignorer n’est pas une option légale c’est une infraction. En continuant à agir au nom de la ligue après cette annulation, Gomchi s’est placé dans une situation d’illégalité caractérisée.
Le droit camerounais qualifie cette situation d’usurpation de fonction : exercice d’une autorité sans titre valide, en connaissance de cause. La condamnation à dix mois ferme et non avec sursis traduit la volonté du tribunal de sanctionner non seulement l’acte, mais le mépris affiché envers une décision de justice souveraine.
Ce que cette affaire change et pour combien de temps
La crise du volley-ball camerounais entre dans une nouvelle phase. La ligue régionale du Centre se retrouve sans direction légitime établie, dans un vide institutionnel qui paralyse les compétitions locales, les sélections et la formation des arbitres. Les clubs affiliés subissent de plein fouet cette instabilité.
Si la justice a agi, elle ne peut pas reconstruire seule une culture de gouvernance sportive. La Fédération Camerounaise de Volleyball doit tirer les leçons structurelles de cette affaire : mécanismes de transition du pouvoir, respect des décisions judiciaires, supervision des ligues régionales. Sans réforme institutionnelle sérieuse, d’autres Gomchi émergeront.
Il y a aussi une dimension symbolique : un arbitre international de volleyball dont le rôle est précisément de faire respecter les règles se retrouve condamné pour les avoir violées. L’ironie est cruelle. Et elle dit quelque chose de l’état du sport camerounais que les statistiques seules ne peuvent pas traduire.
Quand l’arbitre devient l’accusé
Le volley-ball camerounais a produit des arbitres reconnus à l’échelle internationale. Gomchi en faisait partie. Sa condamnation ne doit pas effacer cette réalité mais elle impose une question que les dirigeants sportifs du pays ne peuvent plus esquiver : combien de ligues régionales fonctionnent aujourd’hui sur des bases aussi fragiles, aussi exposées, aussi peu encadrées ? La réponse, si elle venait, serait sans doute inconfortable.



