Niger: Niamey entrouvre la porte, mais pose un ultimatum à Paris

Après la rupture de 2023, le régime nigérien conditionne toute reprise de coopération à un changement radical de posture française dans le Sahel.
Le Niger n’exclut plus totalement une reprise de coopération avec la France, mais le message qu’il a envoyé reste d’une fermeté rare : sans changement profond de l’attitude française, aucun rapprochement n’est envisageable. En déplacement à Lomé, le chef de la diplomatie nigérienne, Bakary Yaou Sangaré, a confirmé que le dialogue n’était pas exclu, tout en soulignant que la relation bilatérale demeure gravement dégradée.
« Nous n’excluons pas de négocier avec la France, mais pas dans ces conditions », a-t-il déclaré, résumant la doctrine actuelle du régime militaire arrivé au pouvoir après le coup d’État de juillet 2023 contre Mohamed Bazoum. Depuis ce renversement, les relations entre Paris et Niamey se sont brutalement détériorées. Le retrait des forces françaises a constitué l’un des symboles les plus visibles de cette rupture. Environ 1 500 soldats français ont quitté le Niger fin 2023 après la dénonciation des accords militaires par les nouvelles autorités.
Cette décision a marqué la fin d’un partenariat sécuritaire stratégique dans un pays longtemps considéré comme l’un des derniers alliés fiables de Paris au Sahel après les ruptures avec le Mali et le Burkina Faso. Les autorités nigériennes accusent désormais ouvertement Paris d’ingérence politique et de tentatives de déstabilisation.
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Elles critiquent également des accords économiques jugés historiquement déséquilibrés, notamment dans le secteur de l’uranium. Le Niger représente l’un des principaux producteurs africains avec près de 5 % de la production mondiale, un secteur historiquement dominé par les intérêts français via Orano. Cette crise s’inscrit dans une reconfiguration plus large du Sahel.
Le Niger a rejoint l’Alliance des États du Sahel aux côtés du Mali et du Burkina Faso, consolidant un bloc souverainiste qui remet en cause l’influence occidentale traditionnelle. Parallèlement, il diversifie ses partenariats sécuritaires et diplomatiques vers la Russie, la Turquie, l’Iran et certains pays du Golfe.
Sur le plan sécuritaire, la situation reste pourtant critique. Le Niger fait face à des attaques jihadistes récurrentes dans les zones frontalières avec le Mali, le Burkina Faso et le Nigeria. Selon plusieurs estimations internationales, plus de 4,3 millions de Nigériens nécessitent une assistance humanitaire en 2026. Pour Paris, l’enjeu dépasse la relation bilatérale.
Une normalisation avec Niamey permettrait de limiter son recul stratégique au Sahel, où son influence a fortement diminué depuis trois ans. Mais pour le régime nigérien, la priorité reste claire : restaurer une souveraineté totale. Le message envoyé à la France est donc moins une ouverture qu’un avertissement diplomatique : toute reprise de coopération passera désormais par une redéfinition complète des rapports de force.


