RDC: le médecin poursuivi pour avoir frappé une patiente après un accouchement tente de se justifier

En République démocratique du Congo, le procès du docteur David Balanganayi, poursuivi pour des violences sur une patiente après un accouchement, se poursuit à Kinshasa. L’affaire, révélée par une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité une vive émotion dans l’opinion. Jugé en procédure de flagrance devant le tribunal de grande instance de Kinkole, le praticien a comparu pour la deuxième fois, lundi 30 mars. L’audience a été renvoyée à mercredi.
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Avec notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa
À l’ouverture de l’audience, le docteur David Balanganayi est apparu menottes aux poignets avant que le tribunal n’ordonne leur retrait. Puis, lors de sa comparution, celui-ci a, pour sa défense, expliqué que sa patiente ne coopérait pas, que l’hôpital où celle-ci recevait des soins ne disposait pas d’anesthésiste et qu’il avait cherché par ses actes à sauver une vie, invoquant la déontologie médicale qui autorise, selon lui, dans certains cas, une contrainte physique pour éviter un danger au patient. Minimisant par ailleurs la violence de ses gestes visibles sur la vidéo, il a évoqué à ce propos une contrainte destinée à obtenir l’adhésion de la malade.
Son audition a été interrompue par une suspension de séance durant une vingtaine de minutes, après que celui-ci a fondu en larmes. « Pourquoi ne me comprenez vous pas ? Fallait-il que je la laisse mourir ? Après un cas de décès maternel deux semaines plus tôt, je me suis dit cette fois que je devais tout faire pour lui sauver la vie ! », a-t-il lancé à la cour à cet instant.
À l’issue de l’interrogatoire du docteur Balanganayi, la défense a estimé que cette journée avait permis de déconstruire l’image de délinquant qu’on a voulu donner de lui, le soignant affirmant même avoir autorisé en personne la captation de la scène de prise en charge de sa patiente à titre de preuve si le pire advenait. La diffusion des images sur les réseaux sociaux relèverait en revanche, selon lui, d’une trahison imputable à ses stagiaires.
Cherchant à clarifier les circonstances qui ont conduit le professionnel de santé à administrer une gifle à sa patiente en grande souffrance – elle subissait une suture sans anesthésie après avoir accouché -, les juges on aussi entendu le gestionnaire de l’établissement où les faits se sont déroulés.
Lors de sa déposition, celui-ci a soutenu le docteur Balanganayi, sans toutefois justifier les coups jugés violents qu’il a portés. « Sa patiente n’avait plus que deux heures à vivre. Si les coups ne sont pas permis, je pense que notre médecin a agi de la sorte pour essayer de lui sauver la vie alors qu’elle se trouvait dans un état de nécessité ».
Cette version est toutefois contestée par la famille de la plaignante qui décrit, au contraire, une jeune femme docile. « Pour que l’état de nécessité soit retenu, le danger doit être actuel et imminent. Or, il a été dit que la patiente avait encore deux heures à vivre. En deux heures, une vie peut être sauvée autrement que par l’administration de coups sur une personne dans un état de vulnérabilité psychologique avéré ! », a ainsi réagi l’une des avocates de la victime constituée partie civile pour qui l’enjeu, désormais, est celui de la réparation.
Grâce à ses avocats, celle-ci espère en effet pouvoir faire en sorte d’engager la responsabilité de l’État, employeur du praticien. De leur côté, des organisations de défense des droits des femmes exigent une sanction exemplaire, tandis que la défense met en garde contre un jugement trop sévère qui pourrait décourager le personnel soignant.
L’Etat et la victime comparaîtront mercredi 1er avril.
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