Vingt ans en équipe nationale et nouvelle CAN pour le Gabonais Bruno Ecuele Manga

À quelques jours du coup d’envoi de la CAN, RFI dévoile plusieurs entretiens avec ceux qui porteront les couleurs de leurs pays au Maroc. Alors qu’il va disputer une sixième CAN avec le Gabon, Bruno Ecuele Manga se livre dans un entretien exclusif accordé à RFI. Le défenseur du Paris 13 Atletico (National, France) revient sur ses 20 années passées chez les Panthères, sans pour autant acter sa retraite internationale.

RFI : Vous allez retrouver les Panthères pour la CAN, quelques semaines seulement après cette grosse déception du barrage pour la Coupe du monde. C’est ce qui est bien dans le football, on a souvent vite l’occasion de prendre sa revanche. C’est comme cela que vous voyez cette CAN ?

Bruno Ecuele Manga : Oui, on a à cœur de se rattraper. Cette CAN sera très relevée. Bon, comme toutes les CAN ! Après, c’est vrai qu’on est dans un groupe de la mort. La Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Mozambique, ça va être quelque chose. Mais on sait qu’on a une belle équipe. Sur le papier, on a des bons joueurs, des mecs qui ont envie. On a des jeunes, qui sont motivés aussi. Cela nous a aidé pendant les éliminatoires de la Coupe du monde. Alors on espère mettre ça en pratique et passer déjà les poules, ce serait bien.

Vous parlez de ce mélange de générations… Vous êtes un des représentants de « l’ancienne » ! Comment appréhendez-vous ce rôle, cette responsabilité ?

Je le prends naturellement. Mais, la dernière fois, il y a le petit Bryan Meyo Ngoua qui arrivait en sélection. Il a dix-neuf ans et moi, j’ai trente-sept ans. Il pourrait être mon fils ! Et là, il me montre une photo de lui quand il était gamin pendant la CAN 2012 au Gabon. A cette époque, j’étais déjà en équipe nationale depuis plusieurs années… J’ai dit : « Waouh !  Il est temps que j’arrête, qu’est-ce que je fais là ? »

Il est peut-être temps que je passe le flambeau.

C’est important pour vous de savoir qu’il y a une relève après vous ?

Oui, c’est important. Et je sais qu’il y a des jeunes défenseurs centraux qui sont là, performants.   Je suis un peu dur avec eux. Je leur dis que l’important, ce n’est pas d’être en sélection aujourd’hui, ou demain, ou dans six mois. Le plus important, c’est d’être là l’année prochaine, l’année d’après, d’être régulier.

C’est décidé, cette CAN sera votre dernière compétition avec les Panthères ?

Non, je laisse le choix à plus tard. Je ne sais pas encore comment ça va se passer en fin de saison. Peut-être que j’aurai envie d’arrêter, de passer à autre chose, ou bien peut-être j’aurai envie de continuer. J’aurai une discussion avec le sélectionneur et je verrai comment je me sens.

Justement, quel est votre relation avec le sélectionneur, Thierry Mouyouma, qui vous a en quelque sorte passé le flambeau en équipe nationale à sa retraite en 2006 ?

Ma relation avec lui est très bonne. Je suis un relais pour lui. Et il me fait confiance. J’ai cette liberté de lui parler, de parler aux joueurs, de lui donner aussi mon avis, parce que c’est ce qu’il me demande souvent. Avec l’expérience que j’ai, mon vécu, j’essaie de lui apporter mon aide comme je le peux.

Sacré vécu en effet ! En 2026, ça vous fera 20 ans en équipe nationale… Qu’est-ce que cela représente ?

Sur le coup, on ne réalise pas. Parce que moi, dans ma tête, je suis encore jeune ! (rires) Peut-être que je réaliserai quand j’aurai arrêté… Mais parfois, je me dis que ce n’est pas rien. J’ai vu passé beaucoup de joueurs qui n’ont pas eu cette longévité.

Est-ce que vous avez un souvenir de votre toute première sélection en 2006 ? Un indice : c’était une défaite contre la Côte d’Ivoire.

Je m’en rappelle bien. Je suis rentré à la mi-temps, il y avait déjà 3-0 pour la Côte d’Ivoire. C’était la grosse équipe à l’époque. À la mi-temps, le sélectionneur Alain Giresse me dit : « Va t’échauffer ». Je stressais. Je parlais avec un ancien, je lui disais : « J’ignore si je vais y arriver. » Il m’a répondu : « Ne t’inquiète pas, tu as les qualités, ça va aller. » Je suis rentré, bon, ça n’a pas changé grand-chose. On a pris deux buts de plus. Comme quoi, on peut commencer par un échec, ça ne veut rien dire.

Et quel est votre meilleur souvenir en sélection ?

C’est le match Gabon-Libye, pendant les éliminatoires de la CAN 2010. Il fallait que l’on gagne pour se qualifier. Et on est à 0-0 à la 80e minute de jeu. On voyait les supporters quitter les tribunes parce qu’ils étaient déçus. Deux minutes plus tard, Bruno Mbanangoye marque. Et, là, tout le monde est venu se rasseoir dans les tribunes ! C’était mon plus beau moment avec le Gabon car ça m’a permis de me qualifier pour ma première CAN.

Vous en avez vécu plusieurs autres ensuite. Six en tout, dont deux à domicile. Est-ce que c’est plus facile de jouer une CAN dans son pays, avec le soutien des supporters, où à l’extérieur, loin de la pression ?

Je dirais à l’extérieur. La pression est toujours là mais vous êtes plus libéré. À domicile, il y a une obligation de résultat. Et si vous perdez, vous le faites devant tout le monde, et on vous tombera dessus. À l’extérieur, ça n’a pas le même impact.

Vous avez en plus la pression du brassard de capitaine. Vous avez appris à la gérer ou est-ce venu naturellement ?

Je pense que c’est quelque chose de naturel. La première fois qu’on m’a proposé le brassard, j’avais refusé. Mais, des anciens ont forcé un peu en me disant : « C’est vrai que tu es encore jeune mais tu es un leader naturel et il va falloir que tu prennes tes responsabilités. » Donc, je n’avais pas trop le choix. Je suis quelqu’un qui aime apprendre des autres et qui apprécie conseiller les plus jeunes aussi. Par conséquent c’est assez naturel.

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Avez-vous discuté avec Pierre-Emerick Aubameyang et les autres de cette génération dorée du fait que cela pourrait être votre dernière compétition tous ensemble ?

Je parle souvent avec Pierre, oui. Mais, on ne se dit pas que ce sera la dernière. On se dit qu’il faut qu’on vive quelque chose d’extraordinaire pendant cette CAN. C’est peut-être la dernière, on l’ignore encore, mais je lui ai dit que moi, je suis prêt à mourir sur le terrain.

Malgré les déceptions, et notamment celle de la non-qualification pour la prochaine Coupe du monde, sentez-vous toujours l’amour du peuple gabonais pour ses Panthères ?

Ah, le peuple gabonais, je l’adore ! On a perdu beaucoup de matchs qu’on n’aurait pas dû perdre. On nous a insultés. Vous savez comment ça se passe, surtout en Afrique. Mais les supporters qui vous insultent aujourd’hui sont ceux qui vont vous aduler demain. Même s’ils sont durs parfois, je les adore et je ne cesserai jamais de leur dire merci.

Même si vous remettez la question de la retraite à plus tard, savez-vous ce que vous avez envie de faire après votre carrière ?

Vous m’auriez posé la question il y a quatre ans, je vous aurais dit que je n’ai pas envie de rester dans le foot. Je voulais m’éloigner un peu de tout cela. Mais maintenant, j’ai compris qu’après avoir passé pratiquement toute ma vie dans le football, il y a des jeunes qui se sont identifiés à moi et à mon parcours. Donc si je peux leur apporter le peu d’expérience, le peu de vécu que j’ai eu au travers de mes différentes aventures et puis leur transmettre tout ça, ce serait bien. Car je suis fier de ce que j’ai accompli, et je n’ai pas de regrets.

 

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