Un haut responsable du renseignement russe tué au large de la Libye?

C’est une enquête exclusive de RFI consacrée à une guerre de l’ombre qui a lieu sur le continent africain et qui oppose Kiev à Moscou, en Libye. Elle se déroule discrètement et se concentre autour des intérêts économiques et militaires ainsi que de jeux d’influences de la Russie et de l’Ukraine, deux pays en guerre depuis plus de quatre ans. Deuxième partie : un haut responsable du renseignement russe tué au large de la Libye ?

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Suite à la première partie de l’enquête de RFI qui a révélé la présence des forces ukrainiennes à l’ouest libyen, en accord avec le gouvernement Dbeibah à Tripoli, nous continuons à dévoiler d’autres aspects d’un affrontement qui oppose Kiev et Moscou en Afrique et plus précisément en Libye.

Les forces ukrainiennes ont frappé deux navires russes appartenant à la flottille de l’ombre. Un très haut responsable russe était à bord d’un pétrolier russe. Il aurait été tué.

Selon nos sources libyennes, une dizaine de très hauts responsables du renseignement russe, déguisés en marins, étaient bien à bord du pétrolier Qendil. « C’est la meilleure façon de se déplacer pour un agent de renseignement russe », commente une de nos sources.

La frappe a fait deux morts et sept blessés. Le général Andreï Averianov, un très haut responsable du renseignement russe y a trouvé la mort, d’après nos sources libyennes.

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Ce général était parmi les favoris pour reprendre la tête de Wagner devenue l’Africa Corps. Il connaissait très bien l’Afrique. Il y avait effectué plusieurs tournées. Il est notamment aller à Benghazi, dans l’est libyen, où il a rencontré le maréchal Khalifa Haftar.

C’est un coup dur pour la Russie, où cette information ne circule pas. Moscou n’a en effet jamais confirmé officiellement cette mort. Elle ne l’a pas niée non plus.

Une photo d’Andreï Averianov (en haut) lors d’une réunion dans le cadre du Sommet Russie-Afrique, en novembre 2024.

« Vengeance russe » ?

Moscou a promis une réponse forte à cette opération. Moins d’une semaine plus tard, le 23 décembre, le général Mohammed al-Haddad, chef d’état-major de l’armée à l’ouest libyen et la plus haute personnalité militaire à Tripoli, a trouvé la mort en Turquie. Son avion, loué à une société privée basée à Malte, s’est écrasé après une explosion à bord, quelques minutes après son décollage d’Ankara. Il était accompagné de son conseiller Mohamed Diab, le chef d’état-major des forces terrestres, du lieutenant-général al-Fitouri Gribel, le directeur du service d’industrialisation militaire et du général de brigade Mahmoud al-Qatawi. Au total, sept personnes affiliées à l’armée de l’ouest libyen ont été tuées.

Nos sources libyennes sont intimement persuadées qu’il s’agit d’une réponse russe à l’attaque du navire Qendil. Aucune annonce officielle n’a été faite après l’analyse des deux boîtes noires. Les conclusions de l’enquête ouverte suite à l’incident n’ont pas été annoncées par le procureur libyen. Si certains en Libye ont accusé la Turquie, plusieurs autres analystes et personnalités politiques pensent eux aussi à un acte de « vengeance russe ».

Le président du Parti de la coalition libyenne, Ezzedine Akil, s’est interrogé sur sa page Facebook : si le prix de la première frappe du navire russe en Méditerranée a fait tomber la tête du général al-Haddad, quel sera le prix pour ce nouvel incident ?

Un « acte de sabotage » en réponse à la frappe sur un méthanier russe ?

Un autre incident survenu le 19 mars dernier suscite des interrogations à Tripoli : la Compagnie nationale libyenne de pétrole et du gaz (NOC) annonce la suspension partielle de la production du champ pétrolier Al-Sharara, l’un des plus grands en Libye, en raison d’un grand incendie qui a touché un pipeline acheminant le pétrole vers la raffinerie de Zaouïa.

Une semaine plus tard, le ministère de l’Intérieur libyen à Tripoli révèle le résultat d’une enquête qu’il a menée suite à cet « acte de sabotage ». Des munitions russes ont été retrouvées sur le lieu. Selon un communiqué et des photos publiées sur la page Facebook du ministère, les investigations ont abouti à la récupération d’un obus qui n’a pas explosé de type M-62 de fabrication russe, pesant environ 250 kg, ainsi que des morceaux d’un missile explosé de calibre 130. Ils avaient été placés sur la trajectoire du pipeline de transport de pétrole. Le ministère libyen reste factuel et n’accuse aucune partie locale ou étrangère.

Une vidéo de l’incendie du champ pétrolier al-Sharara

La production devrait reprendre normalement cette semaine, selon deux ingénieurs travaillant sur ce champ pétrolier, qui ont parlé à l’agence Reuters.

La semaine dernière, le Parlement libyen a demandé des clarifications au gouvernement de Tripoli, l’appelant à ouvrir une enquête sur l’incident qui a touché le méthanier russe, ainsi que celui du pipeline. Il n’y a eu aucune réaction du gouvernement de Tripoli.

Le parlementaire libyen Miloud Lasouad a réitéré la demande du Parlement d’ouvrir des enquêtes rapides sur ces deux incidents, dénonçant une guerre par procuration en Libye.

Dans des déclarations à RFI, il considère que l’attaque récente contre l’oléoduc de Sharara, dans le champ pétrolier Hamada, est sans précédent et surtout dans son timing : « Tout porte à croire qu’elle a été perpétrée par des acteurs non-libyens. » Il ajoute que c’est tout comme l’attaque visant le navire russe, « effectuée par une partie différente, non libyenne ». Sans nommer ces parties, il reste très prudent faisant allusion à cette guerre entre Moscou et Kiev.

Miloud Lasouad, parlementaire libyen: «Je demande à l’État et aux services sécuritaires d’ouvrir des enquêtes sur tous ces incidents»

« Depuis le début du conflit libyen en 2011, aucune partie n’a délibérément ciblé les infrastructures de production libyennes. L’attaque récente contre l’oléoduc d’Al-Sharara dans le champ Hamada, surtout avec ce timing précis est sans précédent. Tout porte à croire qu’elle a été perpétrée par des acteurs non-libyens. De même, l’attaque contre le navire russe était un acte de sabotage, à l’instar du bombardement de l’oléoduc d’Hamada, et tout porte également à croire qu’une autre partie, non-libyenne, en est responsable, compte tenu de la nature de l’opération et de ses conséquences. Quoi qu’il en soit, nous nous opposons fermement à ce que le territoire libyen ou les eaux libyennes servent de théâtre à des opérations militaires, quel qu’en soit le but. Nous refusons que la Libye soit entraînée dans un conflit ou une guerre extérieure. La Libye n’est pas concernée par les événements actuels et a déjà suffisamment de problèmes internes à régler. Je demande à l’État libyen et aux services sécuritaires d’ouvrir des enquêtes sur tous ces incidents, pour définir les responsables. Il faut révéler la vérité. Les responsables libyens qui entrainent la Libye dans des luttes internationales devraient rendre du compte. »

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