Tunisie: vers un retour de la centrale syndicale UGTT sur le devant de la scène?

En Tunisie, la centrale syndicale de l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) est appelée à se repositionner politiquement après le renouvellement de sa direction lors d’un congrès électif anticipé fin mars. Une première grève sectorielle dans l’enseignement secondaire, le 7 avril, a donné le ton. Assiste-t-on au retour de cette organisation historique au premier plan ?

« Une grève en présentiel » : les enseignants se sont tout de même retrouvés dans les écoles, l’habituel rassemblement des enseignants devant le ministère de l’Éducation n’a pas eu lieu. Mohamed Essaifi est le secrétaire général de la fédération de l’enseignement secondaire, basé dans la ville de Sfax, à l’est de la Tunisie. Il explique ce changement de stratégie après une année de tensions :

« Malgré la campagne de diffamation dont nous sommes souvent victimes, la participation à la grève a atteint entre 60 et 70%, ce qui reste significatif dans un contexte où le gouvernement déduit maintenant les jours de grève des salaires, comme on l’a vu en février dernier lors des mouvements de grève précédents. D’où la décision de rester désormais présent dans les établissements pendant la grève. »

Parmi les raisons de la grève, des augmentations salariales promises depuis des accords de 2019 et 2023 de 100 dinars par enseignant soit 30 euros, toujours pas appliquées, ainsi qu’une absence totale de dialogue avec le ministère de tutelle : « Nous avons énormément d’autres problèmes, la violence à l’école, le décrochage scolaire, la surcharge de travail, mais il n’y pas de dialogue social depuis des mois, et donc pas de communication entre le ministère de l’Éducation et le syndicat enseignant. Ce qui témoigne aussi d’un problème plus large à l’échelle nationale, où nous sommes totalement exclus de toutes les réformes. »

Le 23 mars 2026, à une semaine du congrès de la Centrale syndicale, le président Kaïs Saïed a réuni ses ministres pour parler des augmentations salariales dans plusieurs secteurs, sans l’UGTT. Aujourd’hui, deux semaines après le congrès électif de la Centrale, et malgré ses appels à la reprise d’un dialogue, les demandes sont restées lettre morte selon le chercheur en sciences politiques Mohamed Dhia Hammami : « Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu d’indicateur d’apaisement entre l’UGTT et la présidence. L’objectif de Kaïs Saïed est d’isoler politiquement l’UGTT, et donc d’affaiblir son levier qui est essentiellement basé sur la représentation de la place des travailleurs. »

L’UGTT devait profiter du congrès pour se renforcer après une crise en interne de plusieurs années, mais un repositionnement en force sur la scène politique reste encore incertain.

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