«Tu vis dans la peur»: au Sénégal, la répression de l'homosexualité menace la lutte contre le sida

Depuis plusieurs semaines, la répression de l’homosexualité s’intensifie au Sénégal. Arrestations pour « actes contre nature », poursuites pour transmission supposée du VIH et projet de loi visant à durcir les peines… Le climat se tend. Dans ce pays, souvent cité en exemple pour ses résultats dans la lutte contre le virus, les acteurs de santé s’inquiètent des conséquences. Ils redoutent que la stigmatisation et la peur n’éloignent des soins les personnes les plus exposées au risque de fragiliser des années de progrès.

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Avec notre correspondante à Dakar, Juliette Dubois

Cet homme – dont nous protégeons l’identité – vit dans la peur depuis les premières arrestations pour « actes contre nature » et transmission volontaire du VIH, à la mi-février. Homosexuel et séropositif, son quotidien dans la capitale sénégalaise est devenu un calvaire.

« Tu vis dans la peur. En plus tu n’as pas beaucoup d’informations sur ce qu’ils cherchent. Même pour aller chercher mon traitement, j’ai peur. L’autre semaine, je devais aller voir mon médecin mais je n’ai pas pu parce que j’avais tellement peur. C’est lui-même qui m’a amené mes médicaments », témoigne-t-il.

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Conséquence directe de ce climat : depuis plusieurs semaines, les centres de prise en charge constatent une baisse de fréquentation. Certains patients interrompent leur suivi, d’autres renoncent à aller chercher leurs traitements par crainte d’être identifiés.

À cela s’ajoutent les amalgames et la stigmatisation. Ainsi, des visages d’hommes présentés comme séropositifs ont été affichés à la une de certains journaux. Une situation qui inquiète les autorités sanitaires.

« Nos services sont stigmatisés. Les médiateurs en santé sont arrêtés au niveau de leur lieu de travail pour une dénonciation ; des personnes que nous avons stabilisées et qui sont aujourd’hui arrêtées sont obligées de se cacher… Nous sommes en train de reculer après toutes ces années de combat contre le VIH », constate le Dr Safiatou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida.

 Au Sénégal, le taux de prévalence du VIH est estimé à 0,3 % dans la population générale, mais atteint 27 % chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, une population particulièrement exposée.

Le Dr Thiam rappelle qu’une personne séropositive sous traitement, avec une charge virale indétectable, ne transmet pas le virus.

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