«Trop c'est trop», un documentaire sur l’est de la RDC comme un cri de désespoir présenté à la Berlinale 2026

L’Afrique est à la fête à Berlin ! De Haile Gerima, grand cinéaste éthiopien qui vient d’y recevoir une distinction pour l’ensemble de sa carrière, aux trois films tournés sur le continent et en lice pour l’Ours d’Or, la 76e édition du festival international de cinéma, qui se déroule du 12 au 22 février fait la part belle aux films tournés sur le continent. Parmi ceux-ci, un documentaire tourné dans l’est de la RDC, Trop c’est trop, projeté dans la section Panorama. C’est le premier film d’Elisé Sawasawa.
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Avec notre envoyée spéciale à Berlin, Sophie Tolotin
Elisé Sawasawa est né il y a 32 ans, dans la guerre. Sa mère a accouché dans la forêt en fuyant son village et la famille s’est installée à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). C’est là que le réalisateur a filmé la prise de la ville par le groupe politico-militaire AFC/M23 en janvier 2025 et décidé d’en faire un film, avec les séquences tournées depuis 2022 dans des camps de réfugiés.
« Amplifier la voix de ma génération, de mon peuple »
« J’ai fait un film sur cette situation et les gens qui espèrent la paix, même s’ils ne l’ont jamais connue, sur une société qui crie : « Trop, c’est trop », souligne-t-il. Et c’est la responsabilité que j’ai maintenant : faire connaître ce territoire, que les gens puissent découvrir ce que nous traversons. Quand on a projeté le film à Berlin, il y a beaucoup de personnes qui étaient étonnées, qui se disaient : « Je ne savais pas qu’il y avait quelque part dans le monde un endroit où les gens souffrent comme ça. » C’est à travers la caméra que j’arrive à amplifier ces voix, la voix de ma génération, de mon peuple, qui n’a jamais connu la paix et qui espère avoir la paix ».
Elisé Sawasawa filme l’extrême précarité des réfugiés de l’est de la RDC, leur désespoir, leur exaspération et leur colère qui s’expriment contre les soldats de la Mission de l’ONU dans le pays (Monusco) ou contre le Rwanda. Mais il montre aussi les modes d’expression de ses amis artistes et les demandes d’une solution pacifique pour pouvoir enfin vivre sereinement dans cette région convoitée pour ses richesses.
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La réalisateur Alpha Diallo «hyper fier de voir le Sénégal dans un festival aussi rayonnant que la Berlinale»
Toutes les sections du festival font la part belle aux films du continent. En lice pour l’Ours d’Or du court-métrage, on trouve notamment Les Âmes du Fouta, réalisé par Alpha Diallo. Ce trentenaire élevé en France, né de parents sénégalais, a tourné dans le nord du Sénégal l’histoire d’une mère se battant pour enterrer son fils, mort d’une overdose à Dakar. « On est dans un village à une trentaine de kilomètres de Podor, dans le nord du Sénégal, environ à 700/750 kilomètres de Dakar, explique-t-il. Donc, c’est un territoire majoritairement peul où les gens travaillent beaucoup la terre, l’agriculture. Déjà, je suis très content d’avoir réussi à faire ce film-là, en langue peul, dans un village juste à proximité du village, de ma terre d’origine, de mes ancêtres ». Questionné sur l’envie de faire des films au Sénégal, Alpha Diallo répond : « On la constate aussi à travers tous les films qui sont passés par les grands festivals, que ce soit [les réalisatrices] Mati Diop, Ramatoulaye Sy avec Adama. L’engouement est là, il y a les moyens aussi. Et surtout qu’au Sénégal, on a la chance d’être hyper bien accompagnés par des structures solides. Donc hyper fier aussi de voir le Sénégal dans un festival aussi rayonnant que la Berlinale ».



