Transition à Madagascar: société civile et Gen Z réservées sur le «Programme de la Refondation»

À Madagascar, société civile et Gen Z réagissent à la publication par les autorités samedi 28 février du « Programme de la Refondation ». Le texte remis à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) par le président prévoit une concertation nationale, une refonte de la gouvernance électorale, puis une nouvelle Constitution et la tenue de la présidentielle. Tout le processus devra être achevé fin 2027. Les acteurs de la mobilisation citoyenne estiment que le texte aurait pu être plus précis sur les grands défis que leur pays doit relever.
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Avec notre correspondant à Antananarivo, Guilhem Fabry
Les quatre phases du « Programme de la Refondation » à Madagascar sont « cohérentes d’un point de vue procédural » pour Ketakandrina Rafitoson, membre de l’ONG Transparency International Initiative Madagascar : « La publication acte officiellement que la crise de 2025 n’était pas un simple incident politique mais l’expression d’un rejet profond de la corruption, de la prédation économique et de la capture de l’État par extension. Dans le texte, il est mentionné l’expression « faillite de l’État » et je pense qu’il est très important, politiquement et symboliquement, que cela soit enfin reconnu. »
Mais le texte est, selon la politologue, trop évasif sur la lutte à mener contre la corruption : « Le document reste très prudent sur les mécanismes concrets de démantèlement des circuits de prédation. Si la transition ne modifie pas les rapports de force qui organisent l’accès aux ressources publiques, elle risque de devenir une reconfiguration sophistiquée de la prédation, juste sous des formes juridiquement plus acceptables. Et ça, je pense que personne n’aspire à ce type de réforme cosmétique. »
« Un angle mort majeur »
Ketakandrina Rafitoson identifie par ailleurs dans le document « un angle mort majeur » quant à la gouvernance de la transition elle-même : « Le document ne définit pas clairement les limites de mandat des autorités transitoires ni les règles d’inéligibilité ni les mécanismes indépendants de contrôle des ressources publiques pendant cette période. Or, historiquement, à Madagascar comme ailleurs, les transitions peuvent devenir des moments de recomposition stratégique des élites. Si ces garde-fous ne sont pas clarifiés, la transition peut consolider le système plutôt que le transformer. C’est vraiment un risque si on n’approfondit pas cette question-là. »
Mihary Rakotondravelo regrette, lui, que la Gen Z, dont il est porte-parole, n’ait pas été consultée pour rédiger ce programme. « Quand la SADC ou la France demandent des comptes sur la transition, on observe qu’un chronogramme est présenté pour convenir à tout le monde. Mais, pour notre part, nous avons le sentiment d’être mis de côté », explique-t-il, en se montrant sceptique sur la suite du processus.
« Nous allons vraiment veiller au grain »
« Ici, à Madagascar, tout a toujours été bien écrit, même au niveau de la Constitution ou au niveau des lois. Mais c’est au niveau de l’application et du suivi qu’il y a toujours un manquement très apparent, poursuit-il. En termes d’exécution, est-ce que ce sera juste une mise en scène politique au service de personnalités qui se préparent pour la suite ? Nous allons vraiment veiller au grain ! »
Madagascar devra soumettre à la SADC des bilans d’étape sur l’avancée du processus de transition en mai, août et novembre prochains.
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