Tinariwen: la voix d’un peuple pour dénoncer et revendiquer la liberté

Cette semaine, le groupe Tinariwen a publié son dixième album : Hoggar. Un disque puissant où se mêlent la colère d’un peuple, les Kel Tamasheq, et la volonté de préserver et de conter l’histoire de leur terre : l’Azawad au nord du Mali, au cœur de l’immense Sahara. Tête-à-tête sonore avec Abdallah Ag Alhousseini, l’un des fondateurs de ce groupe mythique.
Les yeux perçants, Abdallah Ag Alhousseini est plus qu’un artiste : un porte-voix d’une communauté opprimée qui lutte pour son avenir, une voix et une guitare qui sonnent la révolte.
« Le désert, c’est à nous, explique le musicien, ce n’est pas la première fois que l’on a des problèmes dans le désert. Nous avons toujours de l’espoir que la situation redevienne comme avant. Donc, les gens gardent l’espoir, ils ne l’ont pas perdu. Et surtout, ils cherchent seulement des solutions. »
Oppression du colon français, massacres de l’armée du Mali dans les années 1960 post-indépendance, sécheresse en 1973, les difficultés se sont multipliées, accumulées. Aujourd’hui, c’est avec la chanson « Aba Malik » que les Tinariwens dénoncent les exactions commises contre les populations par les mercenaires russes, les « Wagners », soutiens des militaires maliens. « La solution aujourd’hui, ça dépasse la musique, ça devient très politique, poursuit le musicien. Le Mali a commis les mêmes actes que les « Wagners » en 1963 : tuer les animaux, tuer des vieux en les accusant de combattre alors que c’est faux. C’est la catastrophe. »
Tamanrasset, une ville refuge
Comment retrouver ses racines lorsque l’on souffre ? C’est à Tamanrasset que le disque Hoggar a été enregistré. Avec l’exode imposé, la communauté tamasheq a fait de la ville algérienne son refuge. Abdallah Ag Alhousseini y voit un lieu protégé pour échanger avec toutes les générations. « Tamanrasset, c’est une ville où tu peux attraper tout le monde, il y a beaucoup de jeunes qui passent. Ils te remontent le moral en discutant avec toi, en te faisant rigoler, raconte le musicien avec un sourire. Et ils participent aussi en partageant la musique. C’est de la joie, c’est le partage total. »
« L’intelligence seule perce les secrets », dit un proverbe tamasheq. Abdallah Ag Alhousseini et les membres de Tinariwen portent cette identité, gardent cet instinct protecteur et affirment, une nouvelle fois, que la lutte pour la liberté n’est pas terminée.
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