Tanzanie: à peine repris, le procès de l'opposant Tundu Lissu est aussitôt reporté

Alors qu’il a mis du temps à reprendre, le voilà déjà reporté ; en Tanzanie, le procès pour trahison de l’opposant Tundu Lissu, ouvert lundi 9 février au matin, a été renvoyé au mercredi 11 février. La Haute Cour de Dar es Salaam doit d’abord trancher une question sensible : celle de l’anonymat de certains témoins, notamment des policiers et des soldats.
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Ce rendez-vous judiciaire reporté au 11 février intervient dans un climat post-électoral tendu en Tanzanie, alors que ce dossier avait connu une interruption de plusieurs semaines, sans calendrier clairement annoncé. La défense dénonce une procédure qui, selon elle, met en cause les garanties d’un procès équitable.
À son entrée au tribunal, lundi matin, Tundu Lissu a fait se lever la foule. Poings levés, gestes circulaires dans l’air, il a galvanisé ses partisans. Et la salle lui a aussitôt répondu avec des cris et des applaudissements : « Lissu ! Lissu ! ». Mais très vite, le ton a changé. Combatif, l’opposant a attaqué le parquet et dénoncé des droits bafoués et une procédure inéquitable.
Au cœur du bras de fer figure l’anonymat des témoins. La défense affirme que le dispositif retenu empêche même les juges de voir ceux qui accusent – les policiers et les soldats appelés à témoigner contre lui étaient dissimulés derrière un box spécial –, et donc d’apprécier leur comportement.
« La manière dont ces box ont été installés au tribunal fait que les juges ne peuvent pas voir les témoins. Les seuls à pouvoir les voir, ce sont les procureurs. Et si les juges ne voient pas les témoins, cela remet en cause le principe même d’un procès équitable », a Me Rugemeleza Nshalla, avocat de Tundu Lissu.
Tundu Lissu a aussi tancé ses conditions de détention. Selon lui, ses échanges avec ses avocats sont écoutés par les gardiens. Par ailleurs, des responsables de son parti n’ont plus accès à la prison, et ce depuis novembre.
La durée de son incarcération interroge
Pour son entourage, c’est surtout la durée de son incarcération qui interroge. Voilà plus de 300 jours que Tundu Lissu est derrière les barreaux, à cause d’un slogan lancé pendant la campagne présidentielle qui disait « Pas de réformes, pas d’élections ». Le scrutin est passé, et lui est toujours en prison.
Pour son avocat, ce procès est interminable : « Tundu Lissu rappelle que le premier procès pour trahison, en 1970, avec neuf accusés, avait été bouclé en six mois. Le second, en 1993, avait pris quatorze mois – de la Haute Cour à la Cour d’appel – avec 114 témoins et 22 accusés. Aujourd’hui, Tundu Lissu est seul sur le banc des accusés, et son procès dure depuis plus de dix mois. Au fond, c’est une détérioration totale de l’État de droit en Tanzanie. »
La défense fait-elle encore confiance au système judiciaire en Tanzanie ? « Je suis convaincu qu’au bout du compte, Tundu Lissu finira par l’emporter. Mais quand ? C’est toute la question », répond Me Rugemeleza Nshalla.
Le procès doit reprendre mercredi 11 février. Pour rappel, Tundu Lissu, chef du principal parti d’opposition Chadema, est poursuivi pour trahison, une accusation passible de la peine de mort.
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