Sénégal: « Le BMN doit composer avec des contraintes de taille »

Avec près de 1000 entreprises accompagnées, pour 144,5 milliards de Fcfa d’investissements approuvés, le Bureau de mise à niveau apparaît comme un levier essentiel dans la compétitivité des entreprises sénégalaises. Dans cet entretien, sa directrice générale, Fatou Dyana Ba, fixe le cap, mais surtout les défis à relever pour plus de performance.
Pouvez-vous revenir sur les grandes innovations du Bureau de mise à niveau ?
Parmi les initiatives structurantes récentes figure le lancement du Centre de Production Propre (Cpps), outil clé pour la transition écologique et industrielle, ainsi que le renforcement des partenariats avec le secteur bancaire, facilitant l’accès aux financements et sécurisant les parcours de mise à niveau. Cette trajectoire positionne le Bureau de mise à niveau comme un levier incontournable de la transformation économique nationale, avec une couverture étendue aux 14 régions du Sénégal.
La concentration des projets à Dakar, qui totalise 35% des entreprises accompagnées et plus de 100 milliards de Fcfa d’investissements, reflète fidèlement la structure économique du pays tout en illustrant la montée en gamme progressive de l’action du Bmn sur l’ensemble du territoire.
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L’État du Sénégal a fait le pari des agropoles. Comment le Bureau de mise à niveau peut-il jouer sa partition ?
Le Programme des agropoles constitue un pilier majeur de l’industrialisation territoriale. Le Bmn intervient à travers des conventions d’assistance technique et un appui financier sous forme de primes.
Dans l’Agropole Sud, 53 entreprises ont été accompagnées pour un volume d’investissements de 1,273 milliard de Fcfa et 602 millions de Fcfa de primes.
Dans l’Agropole Centre, 17 entreprises ont bénéficié d’investissements approuvés de 2,6 milliards de Fcfa et de 487 millions de Fcfa de primes.
Notre rôle est de structurer les projets, renforcer les capacités, faciliter l’accès au financement et assurer le suivi des plans de mise à niveau.
Comment se matérialise l’accompagnement du Bmn ?
L’accompagnement repose sur deux piliers : technique et financier.Sur le plan technique, tout commence par une adhésion volontaire de l’entreprise, suivie d’un prédiagnostic. Un diagnostic approfondi permet ensuite d’élaborer un Plan de mise à niveau (Pmn), validé par un comité de pilotage. Ce plan définit les investissements stratégiques nécessaires pour améliorer la productivité, la qualité, la rentabilité et l’accès aux marchés.
Sur le plan financier, le Bmn accorde des primes non remboursables pouvant aller de 20 à 40 % pour les investissements matériels et de 70 à 90% pour l’immatériel. Nous facilitons également l’accès au crédit grâce à des conventions avec les banques et institutions financières.
Comment une entreprise peut-elle bénéficier de l’appui du Bmn ?
C’est un parcours en plusieurs étapes, clair et accompagné. L’entreprise commence par une demande d’adhésion volontaire pour marquer son engagement.Comme je l’ai dit plus haut, vient ensuite une visite de prédiagnostic par des experts du Bmn, qui identifie les besoins prioritaires avant qu’un diagnostic approfondi ne soit réalisé qui aboutit sur l’élaboration d’un Pmn.Ce dernier, une fois validé par le comité de pilotage (Copil), ouvre droit à une prime sur les investissements réalisés. Le Bmn suit ensuite l’exécution du plan et procède au décaissement des primes prévues.
Au-delà de l’appui financier, l’action du Bmn inclut l’appui à la recherche de financement et la mise en relation avec les fournisseurs.
Vous devez avoir une bonne puissance financière, alors ?
Le Bmn doit composer avec des contraintes de taille. La première est budgétaire : la dotation de l’État au Fonds de mise à niveau, plafonnée à 1 milliard de Fcfa par an, est très en deçà des besoins réels, estimés à 5 milliards par an.
Une autre contrainte est le problème récurrent d’accès aux financements, qui limite les capacités des entreprises dans la réalisation de leurs plans de mise à niveau.
Autre défi : la concentration géographique. En effet, 84% des demandes viennent de la zone Centre (surtout Dakar), laissant les régions périphériques en retrait.
Comment relevez-vous le défi du financement ?
Dans le cadre du renforcement de la compétitivité des entreprises du Sénégal, notamment sur le marché sous-régional et continental, le Bmn a élaboré, en collaboration avec la direction du commerce extérieur, un Programme de mise à niveau spécifiquement dédié à l’accompagnement des entreprises dans la Zlecaf.
L’objectif principal de ce programme est, d’une part, de préserver le tissu industriel contre les menaces inhérentes à l’ouverture du marché continental (volet défensif) et, d’autre part, de soutenir le renforcement et la diversification des offres de produits exportables sur les marchés libéralisés de la Zlecaf (volet offensif).
Dans ce programme, planifié sur la période 2026-2030, le Bmn prévoit d’accompagner 325 entreprises actives dans des secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire, la confection textile et l’habillement, les industries vertes, l’industrie pharmaceutique, les Tic et le numérique.
Les actions prévues dans ce programme portent, entre autres, sur le diagnostic de la compétitivité des entreprises, le renforcement de capacités, l’appui à la certification, à l’accès au financement et à l’exportation.
La production propre est-elle un nouveau levier stratégique ?
Absolument. Face à la hausse des coûts énergétiques et aux enjeux climatiques, la production propre est un levier majeur de compétitivité.
Le Bmn abrite le seul Centre de production propre du Sénégal, qui accompagne les entreprises dans l’adoption de technologies sobres en énergie, la valorisation des déchets et l’optimisation des ressources.
Loin d’être une contrainte, la transition écologique devient une opportunité d’affaires pour les Pme, en renforçant leur résilience et leur attractivité.



