Sénégal: Tomboronkoto – Un pôle aquacole pour tourner la page de l'orpaillage et booster la productivité

Le village de Bafoundou, situé dans la commune de Tomboronkoto, s’apprête à vivre une transformation majeure. À travers le Projet de gestion des ressources naturelles au Sénégal (Senrm), financé par la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars (61,3 milliards de FCFA), un pôle aquacole moderne est en train de voir le jour. Objectif : renforcer la résilience des populations locales face à l’orpaillage surtout et booster la productivité des pêches et de l’aquaculture d’ici 2028.
Porté conjointement par le ministère des Pêches et de l’Économie maritime et le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, le projet cible en priorité les personnes affectées par le projet (Pap), notamment des pêcheurs, des orpailleurs et surtout des femmes.
Sur une superficie de 2,5 hectares, le futur pôle comprendra une écloserie de poissons, cinq modules de grossissement, une unité moderne de transformation du poisson-chat (yass en wolof), des parcelles maraîchères sur un hectare, un bâtiment administratif, des salles de formation, des blocs sanitaires séparés et accessibles aux personnes à mobilité réduite, ainsi qu’un champ solaire pour garantir l’autonomie énergétique.
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« Nous sommes venus pour former les personnes affectées avant l’installation complète du pôle. Il s’agit de les maintenir sur leur site d’origine tout en améliorant leurs conditions de travail », explique Abdoulaye Niane, spécialiste en aquaculture du projet. En attendant la finalisation des infrastructures, les bénéficiaires ont déjà entamé des activités de maraîchage. Équipées d’un matériel estimé à 20 millions de FCFA, les femmes cultivent diverses spéculations locales malgré la chaleur et le Ramadan. « Elles sont présentes de 8 h à 15 h. Leur engagement montre qu’elles s’approprient pleinement le projet », souligne Abdoulaye Niane.
L’autonomisation des femmes au coeur du dispositif
L’unité de transformation sera entièrement gérée par les femmes. Formées aux techniques modernes de fumage et de séchage, elles pourront diversifier leur offre entre poisson frais et transformé, ciblant notamment les travailleurs miniers et industriels de la région de Kédougou.
« Il y aura une aire de repos pour les femmes, des blocs sanitaires séparés pour hommes et femmes, et nous tiendrons compte de l’inclusion des personnes à mobilité réduite », avance le spécialiste. Sur le plan énergétique, il révèle que l’autonomie est un objectif clé, avec l’installation d’un champ solaire combiné à un groupe électrogène d’appoint, pour que le pôle soit totalement autonome en énergie. « Tout ce que vous voyez derrière nous, ce sont les femmes qui l’ont installé », confie en outre Abdoulaye Niane, impressionné.
Pour Nessou Keïta, représentante des bénéficiaires, ce projet est un ouf de soulagement. « L’orpaillage est plein de risques. Ici, nous pouvons générer des revenus et mieux prendre soin de nos familles », soutient-elle.
Même détermination chez Sane Keïta, présidente de groupement. « Nous voulons délaisser l’orpaillage pour nous investir dans ce projet plus utile et plus sûr », renchérit-elle. Fansa Signaté abonde dans le même sens : « Je ne retournerai jamais dans l’orpaillage. » Le conseiller municipal de la commune de Tomboronkoto, Moussa Traoré, salue une initiative attendue depuis longtemps. Il appelle à une exécution rapide afin que les populations bénéficient pleinement des retombées.
Au-delà des infrastructures, le Senrm incarne une nouvelle perspective de développement durable : celle de créer de la richesse localement, de professionnaliser la filière halieutique et d’offrir aux femmes une alternative crédible à l’orpaillage. À Tomboronkoto, l’aquaculture apparaît déjà comme un levier d’espoir pour les communautés.



