Sénégal: Pour sauver la campagne arachidière 2024/2026 – L'État et les exportateurs concluent un accord stratégique

Un accord inédit entre le gouvernement sénégalais et la Confédération des opérateurs de la filière arachidière (COPEGA) ouvre la voie à une relance effective de la campagne de commercialisation de l’arachide. Jusqu’à 450.000 tonnes pourraient être exportées à un prix-plancher garanti de 305 FCFA le kilogramme, apportant ainsi un soulagement significatif aux producteurs.
Après plusieurs semaines de tensions, la filière arachidière sénégalaise entrevoit enfin une issue favorable. L’État et les exportateurs réunis au sein de la COPEGA, sont parvenus à un accord qualifié d’«historique», destiné à redynamiser une campagne sérieusement menacée par les difficultés d’écoulement de la production arachidière.
Selon les termes de cet accord, rendus publics par le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, les exportateurs s’engagent à acheter et à exporter entre 300.000 et 450.000 tonnes de graines d’arachide au prix-plancher garanti de 305 FCFA le kilogramme. Cette mesure vise à désengorger rapidement les points de collecte, tout en assurant aux producteurs des revenus stables en pleine période de commercialisation.
Suppression de la taxe à l’exportation
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Parmi les principales décisions figure la suppression de la taxe à l’exportation de 40 FCFA par kilogramme, longtemps décriée par les opérateurs. En contrepartie de cet allègement fiscal, les exportateurs devront se conformer strictement à la réglementation en vigueur, notamment en ce qui concerne le rapatriement des devises et la justification des opérations d’exportation.
Les premiers résultats de la campagne 2025-2026 sont jugés encourageants. Au 11 janvier 2026, la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS) avait déjà réceptionné 97.000 tonnes d’arachide, soit une hausse de 20.000 tonnes par rapport à la même période de l’année précédente.
Toutefois, les besoins financiers demeurent considérables. Le financement quotidien de la collecte est estimé entre 1 et 1,3 milliard de FCFA. Pour soutenir ce rythme, plusieurs lignes de crédit ont été mobilisées, avec l’appui du ministère des Finances et du Budget. L’État prévoit également de débloquer au moins 50 milliards de FCFA afin de régler les créances dues aux opérateurs privés stockeurs et d’accélérer la collecte directement auprès des producteurs.
Un secteur sous étroite surveillance
Cette ouverture aux exportations s’inscrit dans un cadre de régulation renforcé. Depuis la libéralisation du secteur en 2010, la filière a connu de nombreux déséquilibres, notamment en matière d’approvisionnement des industries locales et de disponibilité des semences.
Face à ces dérives, l’État a été contraint, à plusieurs reprises, d’instaurer des taxes ou des restrictions. La nouvelle stratégie se veut plus équilibrée : encourager les exportations tout en garantissant la sécurisation des semences et un approvisionnement suffisant des unités de transformation locales.
À travers cet accord avec la COPEGA, les autorités misent sur une implication accrue du secteur privé afin de stabiliser le marché, fluidifier la commercialisation et réduire les tensions logistiques.
Pour les producteurs sénégalais, cet accord pourrait constituer un tournant décisif et nourrir l’espoir de lendemains meilleurs dans une filière longtemps fragilisée par les difficultés d’écoulement de la production.


