Sénégal: Mamadou Saliou Diallo – « L'énergie nucléaire est une option crédible pour un mix énergétique décarboné au pays »

Alors que le Sénégal réfléchit à la diversification de son mix énergétique, la question du nucléaire suscite autant d’interrogations que de curiosité. Fonctionnement d’une centrale, exigences en matière de sûreté, formation des compétences locales, opportunités liées aux petits réacteurs modulaires : Mamadou Saliou Diallo de l’Association africaine des professionnels du nucléaire (Aapn), en visite au « Soleil », décrypte les enjeux techniques, stratégiques et environnementaux d’une éventuelle option nucléaire pour le pays.

Pour beaucoup de Sénégalais, l’énergie nucléaire reste abstraite. De quoi parle-t-on concrètement ?

Avant tout, l’énergie, c’est la capacité à provoquer une transformation : chauffer, produire de la vapeur, faire tourner une turbine. L’énergie nucléaire provient de la fission du noyau atomique, notamment l’uranium 235. Cette réaction libère de la chaleur qui produit de la vapeur. Cette vapeur entraîne une turbine reliée à un alternateur ; ce qui permet de produire de l’électricité. Le principe est finalement proche d’une centrale thermique classique, seule la source de chaleur change.

Le Sénégal peut-il intégrer le nucléaire dans son mix énergétique ?


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Oui, c’est possible. Mais, c’est avant tout un choix stratégique qui dépend des ressources, des capacités et des ambitions du pays. Le nucléaire offre une forte valeur ajoutée : il favorise le développement de compétences de haut niveau, d’industries locales et renforce l’indépendance énergétique. Si le Sénégal s’engage dans cette voie, notre association est prête à accompagner les autorités avec son expertise.

Quels sont les préalables indispensables ?

La priorité, ce sont les ressources humaines. Le nucléaire exige des compétences techniques très pointues. Il faut donc des filières de formation solides et des partenariats internationaux. Au Sénégal, l’Institut des technologies nucléaires appliquées (Itna) joue déjà un rôle important. Il faudra renforcer ce type de structure et bâtir tout un écosystème industriel autour.

Quel rôle peut jouer l’Association africaine des professionnels du nucléaire (Aapn) ?

Nous travaillons sur la formation, le renforcement des capacités, la sensibilisation du public et l’appui technique aux décideurs. Nous favorisons aussi la coopération entre pays africains intéressés par le nucléaire afin de créer un réseau continental de compétences capable d’accompagner les États. Je suis actuellement présent au Sénégal au nom de l’Association africaine des professionnels du nucléaire dont je suis le responsable de la Cellule sciences et techniques. Notre rôle est de promouvoir une utilisation pacifique, sûre et responsable de l’énergie nucléaire en Afrique.

Avez-vous déjà échangé avec des responsables sénégalais ?

Oui, notamment avec la directrice de l’Autorité de radioprotection, de sûreté et de sécurité nucléaire et avec le directeur de l’Institut des technologies nucléaires appliquées. Nous avons discuté du fonctionnement des centrales et des possibilités de collaboration future, surtout dans la formation.

Concrètement, comment fonctionne une centrale nucléaire ?

La fission de l’uranium produit de la chaleur. Cette dernière transforme l’eau en vapeur. La vapeur fait tourner une turbine qui entraîne un alternateur produisant de l’électricité. C’est le même principe que dans les centrales thermiques classiques, sauf que le combustible n’est pas le charbon, le pétrole ou le gaz, mais l’uranium. Les risques radiologiques sont maîtrisés grâce à des systèmes de secours robustes, plusieurs barrières de sûreté et des lignes de défense techniques, humaines et organisationnelles. Le retour d’expérience mondial permet d’améliorer continuellement les standards de sécurité.

Les petits réacteurs modulaires (Smr) sont souvent évoqués pour les pays émergents. Sont-ils adaptés au Sénégal ?

Oui, potentiellement. Les Smr sont de plus petite puissance. Ils sont fabriqués en modules ; ce qui réduit les coûts et les délais. Ils conviennent aux réseaux électriques peu interconnectés, comme en Afrique de l’Ouest. Ils peuvent aussi alimenter des infrastructures énergivores, telles que les usines de dessalement d’eau de mer. Pour le Sénégal, cela peut être une option pertinente.

Le nucléaire est-il compatible avec les exigences environnementales ?

Comparé aux énergies fossiles, son impact carbone est très faible. Aussi, sa densité énergétique est très élevée ; ce qui signifie moins d’émissions de CO₂ et une occupation du sol plus réduite. Les déchets existent, bien sûr, mais les volumes les plus sensibles sont limités et des solutions de stockage durable sont disponibles.

Quelles sont les perspectives pour le Sénégal ?

Nous ne sommes pas des décideurs politiques, mais des experts. Notre ambition est d’accompagner les pouvoirs publics. Nous sommes convaincus que le nucléaire peut contribuer à un mix énergétique décarboné. Le Sénégal a intérêt à anticiper, à se préparer et à former ses talents. Le moment venu, nous serons disponibles pour accompagner cette réflexion stratégique. Le Sénégal a tout intérêt à s’y intéresser, à anticiper et à se préparer. Le moment venu, l’Association africaine des professionnels du nucléaire sera pleinement disponible pour accompagner cette réflexion stratégique.

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