Sénégal: Le pari de Demba Fall Diop pour réduire la dépendance aux importations d'alevins

Nichée au cœur du village de Fouthie, dans la commune de Thiadiaye, la ferme intégrée Vemar s’impose aujourd’hui comme un exemple d’investissement productif au Sénégal. À l’origine de ce projet, Demba Fall Diop, un expert en énergie revenu au pays après près de quarante années passées à l’étranger. Son ambition est de contribuer à la sécurité alimentaire tout en créant de l’emploi en milieu rural.
Après une longue carrière internationale, ce retraité a choisi de consacrer ses économies à un projet agricole durable. « Je voulais investir dans quelque chose qui crée de l’emploi. J’aurais pu construire des immeubles à Dakar, mais ce n’était pas ce qui me motivait », explique-t-il.
L’idée de se lancer dans l’aquaculture lui est venue lors d’une rencontre à Bruxelles avec la directrice de l’Agence nationale de l’aquaculture (Ana). À l’époque, le Sénégal importait des alevins du Bénin pour soutenir la filière piscicole. Un constat qui l’interpelle.
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« Je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de soulager le pays de cette dépendance. Quand on sait que, dans le monde, plus de 60 % du poisson consommé provient de l’aquaculture, alors qu’au Sénégal cette part dépasse à peine 1 %, il y a un énorme potentiel à développer », souligne-t-il.
En 2019, il acquiert un terrain dans le village de Fouthie avec, au départ, l’idée de se lancer dans l’arboriculture. Mais la découverte d’importantes ressources en eau sur le site change ses plans. Inspiré par les modèles agricoles observés aux Philippines, au Vietnam ou encore en Thaïlande, il imagine un système intégré combinant pisciculture et maraîchage.
Le principe repose sur une gestion optimisée de l’eau. Les bassins produisent du poisson et des alevins, tandis que l’eau riche en nutriments rejetée par les installations est récupérée pour irriguer les cultures maraîchères. « Cette eau contient beaucoup de nitrates et de matières organiques. Elle devient donc un fertilisant naturel pour les cultures », explique l’entrepreneur.
Aujourd’hui, la ferme emploie une quinzaine de travailleurs permanents, auxquels s’ajoutent des emplois temporaires lors des périodes de récolte. En deux ans d’activité, l’exploitation a déjà mobilisé près de 500 millions de FCfa d’investissement. Si la rentabilité n’est pas encore totalement atteinte, le promoteur reste confiant quant à l’avenir du projet.
La production d’alevins constitue actuellement la principale source de revenus de la ferme, avec près de deux millions d’alevins produits. D’après lui, la demande dépasse largement l’offre.
« Nous n’avons pas de problème de vente. Au contraire, nous n’arrivons pas à satisfaire toutes les commandes. Certains clients paient même en avance pour être livrés quelques semaines plus tard », affirme Demba Fall Diop.
Une offre supérieure à la demande
Les produits de la ferme trouvent également des débouchés au-delà des frontières. Du poisson frais et transformé est commercialisé vers la Gambie ou encore l’Afrique centrale, tandis que certains produits transformés arrivent jusqu’en Europe, notamment à Nantes.
Ce développement n’aurait toutefois pas été possible sans un accompagnement institutionnel. Grâce au Projet de valorisation des eaux pour le développement des chaînes de valeur (Provale-Cv), la ferme a bénéficié d’un appui financier pour la construction d’une partie des infrastructures et l’aménagement de la piste d’accès.
« Cet appui a été crucial pour notre démarrage et notre rythme de développement », reconnaît le promoteur.
À l’avenir, la ferme Vemar prévoit d’élargir ses activités avec l’introduction de l’aquaponie, l’extension des serres maraîchères et l’installation de systèmes d’énergie solaire. L’objectif est de renforcer l’intégration des différentes productions afin de multiplier les sources de revenus.
Cependant, le principal défi reste l’alimentation des poissons, largement importée et coûteuse. Pour y faire face, Demba Fall Diop explore des solutions innovantes, notamment la production locale de protéines à base d’insectes, comme la mouche soldat noire.
« Ces insectes peuvent être nourris avec des déchets organiques et produire des protéines de grande qualité pour l’aquaculture », explique-t-il.
Pour ce retraité, l’avenir de la filière aquacole au Sénégal est incontournable face à la raréfaction des ressources halieutiques. « Les captures en mer diminuent et la pression sur les ressources augmente. Nous n’avons pas le choix. Il nous faudra produire davantage de poisson à travers l’aquaculture », estime-t-il.
À Fouthie, la ferme intégrée Vemar incarne aujourd’hui une nouvelle génération d’initiatives agricoles capables de combiner innovation, emploi local et sécurité alimentaire.



