Sénégal: Bouya Ndiaye – « L'option des PPP est une alternative sérieuse pour l'État »

Dans cette interview, l’expert-comptable et financier Bouya Ndiaye, par ailleurs directeur général de Phoenix Conseil, analyse l’environnement économique du Sénégal ainsi que les perspectives pour 2026. Pour lui, avec les infrastructures et autres actifs immobiliers détenus, l’État peut aller plus loin dans la diversification de ses solutions de financement et de sa base d’investisseurs. L’une des alternatives crédibles à ses yeux : le partenariat public-privé.

Le Sénégal fait face à une situation économique et financière difficile. Quelles sont, selon vous, les options qui s’offrent à l’État pour satisfaire ses besoins en financement ?

L’État du Sénégal a particulièrement sollicité le marché financier régional en 2025 pour couvrir ses besoins en financement. Au titre du dernier exercice, si nous cumulons les quatre appels publics à l’épargne et les ressources mobilisées sur le Marché régional des Titres publics (MTP), nous dépassons les 3000 milliards de FCFA. Le Sénégal a ainsi beaucoup sollicité le marché financier régional pour financer son déficit.


Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

La situation économique et financière est certes difficile, mais vu notre statut de pays émergent, nos besoins en infrastructures restent importants. Leur réalisation ne peut être reportée pour motif économique, au risque de freiner la dynamique de croissance post-Covid-19. De ce constat, d’autres solutions de financement doivent être envisagées, en plus du Marché régional des Titres publics.

Un nouveau programme tarde à se concrétiser avec le FMI. Quelles peuvent être les conséquences de ce retard ?

En 2025, l’absence de programme avec le FMI a causé des tensions sur l’accès aux marchés internationaux. Cette absence de programme a motivé les différentes sorties de l’État sur le marché régional. L’absence d’alternatives et de solutions de financement capables d’absorber les besoins du pays a causé des tensions sur les conditions de financement. D’ailleurs, la courbe des taux de juin 2025 du Sénégal, sur une maturité de 12 mois, affiche des rémunérations comprises entre 7,3 % et 7,5 %.

Ainsi, les conséquences de l’absence de programme sont principalement le renchérissement des conditions d’accès aux marchés. Il est important de souligner qu’un programme de financement du FMI ne couvre pas les besoins en ressources d’un pays. Mais l’absence de programme limite l’accès aux marchés internationaux et autres opportunités de financement à l’international. De ce fait, un programme rehausse la qualité de signature d’un pays et permet d’accéder à d’autres opportunités de financement plus importantes.

L’échéance de l’eurobond de 2028 arrive. Comment le Sénégal peut-il s’en sortir ?

Les dernières communications gouvernementales sur les premières estimations attendues du Plan de redressement économique et social (PRES) montrent des recettes fiscales en hausse d’environ 300 milliards de FCFA. Pour rappel, l’objectif essentiel du PRES est d’augmenter les ressources fiscales du Sénégal pour réduire le déficit budgétaire. Aussi, le calendrier des émissions de l’État du Sénégal au 1er semestre 2026 (en termes d’appels publics à l’épargne (APE) et de recours au MTP) montre que les ressources à mobiliser sur les marchés, en plus des résultats du PRES, permettront d’assurer le service de la dette de l’échéance eurobond.

Après 2225 milliards de FCFA mobilisés en 2025, le Sénégal vise près de 2500 milliards de FCFA en 2026 sur le MTP. Ces objectifs sont-ils réalistes ?

Si nous cumulons les différents appels publics à l’épargne prévus en 2026, le besoin de ressources à mobiliser est presque de 4000 milliards de FCFA au titre de l’exercice 2026. D’ailleurs, lors des Rencontres des Titres publics de janvier 2026, à Lomé, au Togo, les besoins présentés en termes de ressources à mobiliser par les huit États de l’UEMOA sur le marché régional sont de 16 000 milliards de FCFA. Le marché régional est assez profond pour absorber les besoins de ces États.

Toutefois, l’effet d’éviction est à considérer et les pays doivent diversifier leurs sources de financement pour ne pas siphonner les ressources disponibles pour le financement des petites et moyennes entreprises créatrices d’emplois.

À côté, quatre APE et un sukuk sont annoncés. Comment ces mécanismes peuvent-ils contribuer à combler les besoins en financement de l’ordre de 6075 milliards de FCFA pour l’année 2026 ?

Les sukuk sont une solution pour diversifier les sources de financement. Dans le PRES, le Sénégal envisage de mobiliser des ressources grâce à son patrimoine et autres actifs détenus. Cette technique avait été utilisée en 2022 lors de l’opération avec la SOGEPA. Au vu des infrastructures et autres actifs immobiliers détenus, l’État peut aller plus loin dans la diversification de ses solutions de financement et de sa base d’investisseurs.

L’option des PPP (partenariats public-privé) est une alternative sérieuse. En effet, l’intérêt d’un PPP est de permettre à l’État de contractualiser avec un acteur du privé pour financer, construire et exploiter une infrastructure. L’État, en collaboration avec un acteur privé, crée une société de projet chargée de la conception, de la levée de financements et de la réalisation du projet. Le cocontractant privé structure et arrange une levée de fonds, généralement en dette, pour financer l’ouvrage.

L’État pourra ainsi transférer au cocontractant privé la mobilisation de ressources et la réalisation d’une infrastructure qui lui incombait. C’est une solution intéressante pour l’État dans la mobilisation des ressources sans dégrader ses ratios d’endettement. La titrisation, également envisagée dans les perspectives de mobiliser des ressources grâce aux actifs, est une solution de financement intéressante. Dans l’optique de mobiliser des ressources adossées à des actifs tels que les infrastructures, la titrisation est une solution adaptée.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close