Sénégal: Avis d'expert sur l'affaire des emprunts secrets

Seydou Sow, économiste spécialise en finances publiques : « Cet instrument (TRS)…demeure méconnu du grand public…Les médias financiers eux-mêmes aient du mal à en cerner les contours »

Il y a près de deux mois, nous avions déjà évoqué cet instrument (TRS), qui demeure méconnu du grand public. Il semble que les médias financiers eux-mêmes aient du mal à en cerner les contours. Dette cachée ou secret ? Une mauvaise compréhension des instruments financiers peut conduire à des conclusions erronées. La finance publique n’est ni une science approximative ni une matière d’intuition. C’est une discipline d’ingénierie, de rigueur et de maîtrise des sources. D’où la nécessité d’aborder ces sujets avec prudence, méthode et compétence.

Moubarack Lô, économiste : « Ces mécanismes, bien qu’ils aient permis d’éviter un défaut immédiat, pourraient fragiliser la position du Sénégal dans ses négociations avec le FMI ».


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En termes simples, les accords conclus avec Africa Finance Corporation et First Abu Dhabi Bank présentent plusieurs risques : subordination des créanciers, coûts financiers élevés, pénalités en cas de défaut, complexité accrue en cas de restructuration et opacité des conditions contractuelles. Ces mécanismes, bien qu’ils aient permis d’éviter un défaut immédiat, pourraient fragiliser la position du Sénégal dans ses négociations avec le FMI et affecter la perception du risque souverain dans l’UEMOA.

Dr Babo Amadou Ba, directeur général du 3FPT : Voilà la situation : Hier, c’était une certitude : « le Sénégal va faire défaut le 13 mars ». Le Sénégal a payé.

Aujourd’hui, les mêmes experts changent de discours : « oui, mais… avec une dette cachée ». Parmi ces « experts », je ne parle pas de TAS : lui…fait de la politique. Je voudrais simplement qu’il me dise : où et comment déclare-t-on publiquement une dette ? La loi de finances initiale (LFI) 2026, page 31, précise clairement : « Pour l’année 2026, le ministre chargé des Finances est autorisé à contracter des emprunts, à recevoir des dons au nom de l’État du Sénégal et à lever des ressources de trésorerie pour un montant total de 6 266 693 000 000 FCFA.

Ces financements pourront être mobilisés soit sur le marché national, soit sur le marché extérieur, auprès de pays ou d’organismes étrangers ou internationaux, à des conditions fixées par décret ou par convention. » C’est fascinant. À ce rythme, même si le pays rembourse demain, certains expliqueront que c’est « trop beau pour être vrai ». La question à laquelle ils n’ont toujours pas répondu est la suivante : comment ont-ils fait ? ela s’appelle de l’ingénierie financière. Aujourd’hui, même ce qui est écrit noir sur blanc devient…

« dette cachée » ? Le Sénégal aurait contracté un Total Return Swap (TRS) en 2025. Très bien. Mais où est la « dette cachée » lorsque les intérêts (14 milliards de FCFA) sont clairement inscrits dans le service de la dette 2026 (LFI, page 81) ? On est passé de l’analyse financière à la fiction financière. Hier : « défaut le 13 mars » Aujourd’hui : « dette cachée »

Demain : quoi encore ? TRS en français simple :

Le Sénégal souhaite mobiliser des ressources sans recourir à une dette classique. Il conclut alors un accord avec une banque. Celle-ci avance des fonds ; en contrepartie, le Sénégal paie des intérêts réguliers et transfère la performance d’un actif, en l’occurrence une obligation.

Les opérations réalisées en 2025 s’inscrivent dans une logique de diversification des sources et des instruments de financement. Elles ont été menées sur le marché des titres publics, conformément au calendrier d’émission, en cohérence avec la SDMT et dans le respect de l’autorisation parlementaire issue de la seconde loi de finances rectificative pour 2025.

Cheick Tidiane Dieye, ministre de l’hydrocarbure : « Les Total Return Swaps, ont été portés à la connaissance des partenaires financiers, en particulier du FMI ».

Hier, certains annonçaient que le Sénégal ferait défaut et ne pourrait pas honorer ses engagements. Le Sénégal a payé, à temps et avec rigueur. Aujourd’hui, les mêmes s’appuient sur un article du Financial Times, jugé déséquilibré et confus, pour reconnaître ce paiement tout en insinuant qu’il aurait été rendu possible par des emprunts non déclarés. À court d’arguments, ces critiques peinent à expliquer la résilience d’un pays qu’ils annonçaient pourtant en faillite, en raison d’une dette héritée du régime précédent.

Le ministre rejette fermement toute accusation de dissimulation : aucun emprunt n’a été caché. Toutes les opérations ont été programmées dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme, inscrites dans les lois de finances et approuvées par l’Assemblée nationale. Les instruments utilisés, notamment les Total Return Swaps, ont été portés à la connaissance des partenaires financiers, en particulier du FMI. Des divergences d’appréciation peuvent exister, mais elles ne remettent pas en cause la légitimité des choix opérés.

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