Sénégal: Adoption d'une deuxième loi de finances rectificative – Quand le remaniement bouscule les équilibres financiers !

Les députés ont adopté hier, mardi 30 décembre, à une confortable majorité, le projet de seconde loi de finances rectificative (LFR) pour l’année budgétaire en cours. L’élaboration de ce projet de loi est la preuve de la volonté du gouvernement de gérer avec rigueur et transparence les finances publiques, a dit le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba qui a relevé en outre que le remaniement ministériel du 6 septembre 2025, présenté comme un simple réajustement politique, a induit des conséquences financières majeures pour l’État.

Devant l’Assemblée nationale, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a défendu l’adoption d’une deuxième loi de finances rectificative, devenue donc indispensable pour absorber les déséquilibres budgétaires engendrés par la nouvelle architecture gouvernementale.

Au cœur des explications du ministre, figure la désorganisation institutionnelle provoquée par la reconfiguration des portefeuilles ministériels. La création, la fusion ou la redéfinition de certains départements ont rendu caducs les arbitrages budgétaires initiaux, obligeant l’exécutif à procéder à des transferts de crédits par arrêtés et décrets. Une situation qui illustre, une fois de plus, la fragilité de la planification budgétaire face aux aléas politiques.


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Pour répondre à des besoins jugés urgents, le gouvernement a multiplié les décrets d’avance, un instrument exceptionnel qui permet d’engager des dépenses en dehors du cadre budgétaire initial. Si leur usage est légal, leur répétition interroge sur la capacité de l’État à anticiper certaines priorités, notamment dans des secteurs aussi sensibles que la défense, la santé et l’éducation.

Ainsi, plus de 11,8 milliards de francs CFA ont été mobilisés pour l’acquisition de véhicules de combat d’infanterie, traduisant un choix clair en faveur du renforcement des capacités sécuritaires. Le Fonds de calamité a été abondé à hauteur de 8 milliards de francs CFA, tandis que 12,44 milliards de francs CFA ont été consacrés à l’achèvement de la polyclinique de l’hôpital Principal de Dakar, un projet emblématique des retards chroniques dans les infrastructures sanitaires.

L’éducation, priorité affichée et pari stratégique

L’analyse des crédits réalloués montre toutefois une nette prédominance du secteur de l’éducation. À travers un quatrième décret d’avance, l’État engage des investissements massifs dans les infrastructures scolaires, avec la construction de 46 lycées (36,98 milliards de francs CFA), d’écoles élémentaires et de collèges d’enseignement, pour un montant cumulé dépassant 12 milliards de francs CFA.

L’enseignement supérieur bénéficie également de ces ajustements, notamment avec l’équipement des universités publiques et la poursuite des travaux de l’Université Souleymane Niang de Matam. Au-delà des chiffres, ces investissements traduisent une volonté politique de répondre à la pression démographique scolaire et aux revendications récurrentes du monde universitaire, dans un contexte marqué par des tensions sociales persistantes.

Le vaste programme de construction de salles de classe, de blocs administratifs et d’infrastructures d’hygiène, doté de 25 milliards de francs CFA, s’inscrit dans cette logique. Il pose toutefois la question de la soutenabilité budgétaire et de la capacité de l’État à assurer, à moyen terme, l’entretien et le fonctionnement de ces nouvelles infrastructures.

Transparence budgétaire ou régularisation a posteriori ?

En défendant l’adoption d’une loi de finances rectificative en fin d’année, Cheikh Diba invoque un impératif de transparence et de redevabilité. L’exercice vise à donner une base légale à des dépenses déjà engagées dans l’urgence et à les soumettre au contrôle parlementaire. Une démarche saluée sur le principe, mais qui soulève également le débat sur le rôle du Parlement, souvent appelé à entériner a posteriori des choix budgétaires déjà actés par l’exécutif.

Au final, cette deuxième loi de finances rectificative apparaît moins comme un simple ajustement technique que comme le révélateur des tensions entre impératifs politiques, contraintes institutionnelles et exigences de rigueur budgétaire. Elle met en lumière les défis structurels de la gouvernance financière de l’État, dans un contexte où chaque remaniement politique se traduit désormais par un coût budgétaire significatif.

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