Soudan: le gouvernement annonce son retour dans la capitale, Khartoum

Alors que le Soudan a passé ce week-end le cap symbolique des 1 000 jours de guerre civile, le Premier ministre a annoncé, ce dimanche 11 janvier, le retour officiel du gouvernement dans la capitale, Khartoum. Les forces loyalistes en avaient été chassées par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023 avant d’en reprendre le contrôle après deux ans de combat.
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« Nous sommes de retour aujourd’hui […], le gouvernement de l’espoir revient dans la capitale nationale du Soudan », a déclaré le Premier ministre soudanais, Kamel Idris, à des journalistes, ce dimanche 11 janvier. Le gouvernement soudanais avait dû quitter Khartoum pour Port-Soudan dans les premiers mois de la guerre civile, en avril 2023, avant que les forces du général al-Burhane ne parviennent à en reprendre le contrôle, quartier par quartier, au fil des mois de combat, jusqu’à annoncer la « libération » de la ville en mars 2025.
Le diplomate Kamel Idris avait été nommé à la primature deux mois plus tard. Aujourd’hui, celui-ci a aussi promis un retour des services publics dans la capitale avec la reconstruction d’hôpitaux, d’écoles, de réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement. Objectif : améliorer les conditions de vie d’une métropole dont les infrastructures sont dévastées et qui a enregistré, selon l’ONU, le retour de plus d’un million de personnes, ces derniers mois, sur les plus de 3,7 millions qui avaient fui Khartoum à cause de la guerre. Kamel Idris a enfin qualifié 2026 « d’année de la paix », une paix « des courageux et des victorieux ».
Cette annonce éminemment symbolique d’un retour des institutions à Khartoum intervient alors que le principal front du conflit entre l’armée régulière et les FSR se trouve désormais dans le sud du pays, dans le Kordofan, où l’armée marque le pas face à l’alliance des paramilitaires et des miliciens locaux du SPLM-N, comme l’explique Marc Lavergne, directeur de recherches émérite au CNRS et spécialiste de la Corne de l’Afrique.
C’est quelque chose de symbolique, mais comme tout ce qui est symbolique, c’est un message important parce qu’il manifeste une volonté du gouvernement de s’affirmer comme le seul légal au Soudan.
Le chercheur Marc Lavergne analyse l’annonce symbolique du retour du gouvernement soudanais à Khartoum
Une longue reconquête de la capitale
Le retour du gouvernement dans la capitale s’accompagne également d’un timide retour à la vie normale pour ses habitants qui y reviennent au compte-gouttes, dans un paysage de désolation, comme a pu le constater notre envoyé spécial sur place, Eliott Brachet, qui s’est rendu dans le souk Al-Arabi.
Là, dans un nuage de poussière, une armée de balais, de scies à métaux et de pelles ne cesse de s’activer alors que des commerçants déblaient le plus vite possible leurs échoppes dans l’espoir de pouvoir les rouvrir rapidement. Mais les dégâts sont considérables, comme dans celle d’Abdelazim Abdelayoub, un bijoutier qui a tout perdu. « Vous avez vu ? Ils ont forcé le coffre-fort ! Ici, tout est brûlé. Là, les vitrines ont été brisées, ils ont volé tous les bijoux ! On vendait des colliers, des chaînes et des bagues… J’ai perdu 14 kilos d’or ! Tout est parti en Libye, au Tchad, aux Émirats, en Centrafrique. Les FSR sont l’incarnation de la corruption : ils ont pillé, détruit, violé », déplore-t-il.
Si l’électricité n’a pas encore été rétablie dans le centre-ville, l’effigie à moustache du général al-Burhane trône, elle, déjà, à toutes les intersections. Et dans le souk, malgré les destructions causées par son aviation, le chef de l’armée est vu comme un libérateur. Tous ici considèrent que les FSR leur ont fait vivre un cauchemar, comme Sayed Youssef, un métallurgiste. « Ils ne se battent pas contre l’armée, ils se battent contre les citoyens. Moi, quand je suis revenu ici, j’ai trouvé mon atelier ravagé, pillé, les machines brûlées, il ne restait rien. Aujourd’hui, nous espérons juste retrouver nos vies d’avant », affirme-t-il.
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