Soudan: la ville d’El-Obeid, dernier refuge pour des dizaines de milliers de déplacés

Après la conquête du Darfour par les Forces de soutien rapide (FSR), une bataille décisive se joue dans les plaines du Kordofan pour le contrôle du centre du Soudan. RFI a obtenu un accès rare dans la ville d’El-Obeid, encore contrôlée par l’armée soudanaise.

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Avec notre envoyé spécial, de retour l’El-Obeid, Eliott Brachet

Hormis une seule route d’approvisionnement, la ville d’El-Obeid est cernée dans un rayon de 40 à 50 kilomètres par les milices paramilitaires. Elle abrite, encore, plus d’un million d’habitants dont une majorité de civils déplacés par les combats, depuis les quatre coins du pays.

Ces deux derniers mois, plus de 60 000 personnes ont été déplacées rien que dans le Kordofan, selon les Nations unies. Au nord de la ville, des milliers de personnes sont entassées dans le camp Al-Mowahad où s’est rendue RFI. Encerclée, la capitale du Kordofan retient son souffle.

Dans le camp El-Mowahad

Dans les travées du camp El-Mowahad, on entend tous les dialectes du Soudan. Cette ancienne gare routière est devenue un terminus pour des familles entières rescapées des combats.

Kaltum Abubaker, vient de Shoshay, au Sud du Kordofan, une localité conquise par l’armée régulière, au mois de mai, avant de retomber aux mains des paramilitaires.

« Quand l’armée a repris le village, nous avons célébré leur arrivée. Nous pensions que nous étions sauvés, que la vie allait être meilleure. On est retournés travailler aux champs, mais les miliciens sont revenus. Ils ont attaqué avec des drones. Le feu a tout dévoré », témoigne-t-elle.

Même scénario dans la petite ville de Bara, au nord du Kordofan. Quand la guerre a commencé à Khartoum, Mawada Ali était venue s’y réfugiée, pensant être en sécurité : « La contre-attaque des paramilitaires a été extrêmement violente. Ils ont violé des femmes, des filles et ont fait des prisonniers. Avec des femmes âgées ou enceintes, on a fui sur une route très dangereuse. Les soldats criaient : dégagez, courez ! Ils jouent avec les civils comme du bétail. »

« Où que nous fuyons, la guerre nous pourchasse »

Pour ces milliers de personnes, ballotées à travers les lignes de front, El-Obeïd est devenue un sanctuaire fragile. Arrivée seule avec son bébé né au milieu du conflit, Nadjat Mohammed craint une attaque imminente.

« Nous, les civils, on ne fait pas la guerre. On n’appartient à aucun camp. Si les combats se rapprochent, on part dans l’autre direction. On est pris entre deux feux. Où que nous fuyons, la guerre nous pourchasse. Aujourd’hui, il n’y a plus aucun endroit sûr au Soudan »

Entourée de tranchées et de fortifications, la ville se prépare pour la bataille. Si les paramilitaires attaquent, tout le monde craint un nouveau carnage.

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