Soudan du Sud: la mission de l’ONU refuse de quitter une ville de l’est que l’armée veut prendre d’assaut

La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) a annoncé ce 9 mars 2026 « que ses « casques bleus » resteront à Akobo afin d’assurer la protection des civils » dans cette ville située dans l’est, frontalière de l’Éthiopie, considérée par l’armée comme un bastion du mouvement d’opposition de Riek Machar, en résidence surveillée depuis mars 2025. Les pays de la troïka (États-Unis, Royaume-Uni, Norvège) demandent une audience au président Salva Kiir pour stopper cette offensive.
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Avec notre correspondante à Juba, Florence Miettaux
Au Soudan du Sud, la Mission des Nations unies (Minuss) a annoncé le 9 mars 2026 son refus de se plier à la demande de l’armée sud-soudanaise de fermer sa base à Akobo, ville de l’est du Jonglei, frontalière de l’Éthiopie. L’armée avait en effet lancé vendredi un ultimatum de 72 heures aux « casques bleus », ainsi qu’aux ONG et aux civils, pour qu’ils s’en aillent, en vue d’un assaut militaire contre ce bastion du mouvement d’opposition du vice-président Riek Machar, aujourd’hui détenu à Juba, la capitale.
L’ONU n’a donc pas obtempéré, et ce alors que les habitants ont, eux, fui en masse. Après plus de deux jours de silence, l’ONU rejette ainsi l’injonction du gouvernement « La Minuss réaffirme que ses « casques bleus » resteront à Akobo, fournissant une présence protectrice aux civils », indique son communiqué lundi, alors que l’ultimatum gouvernemental a déjà expiré. « Toute opération militaire à Akobo et dans ses environs met gravement en danger la sécurité des civils », déclare Anita Kiki Gbeho, la cheffe de l’ONU au Soudan du Sud.
L’ONU dit également négocier « de façon intensive » avec les autorités de Juba à propos de l’offensive militaire planifiée contre Akobo.
Fuite en Éthiopie
Dans une lettre au président Salva Kiir, les pays de la troïka expriment quant à eux leur « profonde inquiétude » concernant l’ordre d’évacuation. « Nous demandons avec force qu’il soit révoqué », écrivent les ambassadeurs américains, anglais et norvégiens, et craignent « des morts et des déplacements supplémentaires », si l’offensive a lieu.
Selon l’ONU, 270 000 civils vivaient à Akobo. Pendant le week-end, la grande majorité des habitants ont traversé la rivière pour passer en Éthiopie, où aucune aide humanitaire ne les attend.
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L’État du Jonglei est au centre des combats qui opposent depuis décembre les forces gouvernementales, fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir, et des milices d’opposition loyales à son rival de longue date Riek Machar, après qu’un accord de partage de pouvoir a volé en éclats.
À l’issue de deux guerres sur près de quatre décennies contre le pouvoir de Khartoum, le Soudan du Sud s’est séparé du Soudan en 2011. Mais le plus jeune État du monde a rapidement plongé dans la guerre civile, sur fond de luttes de pouvoir Salva Kiir et et Riek Machar, deux chefs historiques de l’ex-rébellion sud-soudanaise. En 2018, un accord de partage du pouvoir avait ramené une paix relative. Mais le placement en résidence surveillée de Riek Machar, alors vice-président, en mars 2025, a conduit à la reprise des affrontements.
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