Soudan du Sud: dans les camps de déplacés à Malakal, on aspire à «une véritable paix»

Au Soudan du Sud, les tensions restent vives et les combats continuent entre les forces du président Salva Kiir et celles de Riek Machar et d’autres groupes d’opposition au nord-est du pays. Une ville de la région est restée calme depuis la reprise des hostilités entre les signataires de l’accord de paix l’année dernière : Malakal, la capitale de l’État du Haut-Nil, dévastée par la guerre civile de 2013 à 2018. La ville connaît aujourd’hui un calme précaire, même si la vie n’est jamais revenue à la normale pour les habitants. La plupart vivent toujours dans des camps : l’un abrite des Sud-Soudanais ayant fui la guerre au Soudan depuis 2023, et un autre accueillent 45 000 personnes depuis le début de la guerre civile en 2013.

De notre correspondante de retour de Malakal,

Des dizaines de femmes vêtues de lawa colorées font la queue, de grandes assiettes creuses à la main. C’est la distribution alimentaire quotidienne à Bulukat, un camp de transit à Malakal, où séjournent entre 200 et 500 Sud-Soudanais ayant fui la guerre au Soudan.

Nyatete Josephine Joseph, une veuve de 38 ans, mère de cinq enfants, a passé 26 ans au Soudan. Elle a fui Khartoum en guerre en décembre 2023 : « Pendant la guerre à Khartoum, j’ai vu des choses terribles de mes propres yeux. J’ai vu des gens être arrêtés, être violés devant moi. Si vous résistez, vous pouvez être tués. Les hommes qui essayaient de se plaindre car leur épouse était prise pour être violée pouvaient être assassinés. »

Née à Malakal mais partie il y a très longtemps, Nyatete n’a plus aucune famille ici, et aucun endroit où aller vivre. Condamnée à rester dans ce camp de transit, elle dit avoir perdu toute foi en l’avenir : « Ce qui m’inquiète le plus, c’est que mes enfants sont déscolarisés depuis notre départ du Soudan. S’ils pouvaient aller à l’école, ils pourraient étudier et changer leur vie. Mais j’ai peur qu’ils terminent à la rue. »

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« Il faut en finir avec le tribalisme »

À une dizaine de kilomètres du centre de Malakal, l’immense camp de protection des civils est accolé à la base de l’ONU. Mais les Casques bleus se sont retirés en février, passant le relais aux autorités gouvernementales pour assurer la sécurité des dizaines de milliers de déplacés.

Marina Johnson, 43 ans, mère de six enfants, s’est réfugiée ici quand la guerre civile sud-soudanaise a éclaté en 2013. Originaire de Malakal, elle dit pourtant ne pas pouvoir rentrer chez elle en ville car sa maison est occupée. Elle déplore l’insécurité persistante :

« Quand nous voulons nous rendre en ville à Malakal, nous prenons des chemins détournés. Pas la route principale, car c’est bien trop dangereux. Vous pouvez vous faire attaquer, violer, voler toutes vos courses, que ce soit du poisson ou des légumes que vous essayez de venir vendre ici au camp. C’est pour cette raison que nous sortons très peu du camp. »

Pour elle, le retour de la paix au Soudan du Sud est la seule issue. « La chose la plus importante dans notre situation actuelle, c’est une véritable paix et une réconciliation. Il faut en finir avec le tribalisme. Et ouvrir beaucoup d’écoles pour les enfants et développer les services de base », souhaite-t-elle.

La vie dans le camp est devenue rude depuis l’année dernière et les coupes massives dans les budgets de l’aide étrangère, notamment américaine. Des services vitaux comme la gestion des eaux usées ont été dramatiquement réduits.

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