Soudan: 1000 jours de guerre et toujours pas de sortie de crise en vue

Cela fait 1 000 jours ce 9 janvier 2026 que les Forces armées soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdane Dogolo, dit Hemetti, se battent pour le contrôle du pays. Le conflit a provoqué l’une des pires crises humanitaires du moment : 12 millions de déplacés, 4 millions de réfugiés dans les pays voisins, et des dizaines de milliers de morts. Le bilan humain reste incertain. Et surtout, aucune issue à ce conflit ne semble être en vue.
Depuis des mois, la communauté internationale ne cesse de le répéter, il n’y a pas de solution militaire à ce conflit. Et pourtant, sur le terrain, les deux belligérants ne cessent de s’affronter, persuadés de pouvoir prendre le dessus militairement sur l’autre.
Après 1 000 jours de guerre, le Soudan est toujours coupé en deux, l’armée régulière contrôle l’est, et le sud-est du pays. L’administration est toujours installée dans la ville de Port-Soudan, sur la mer Rouge, en attendant la reconstruction de la capitale Khartoum, aux mains de l’armée depuis dix mois.
Quant aux FSR, elles contrôlent tout l’ouest et le sud-ouest du pays, et ont installé leur quartier général et leur gouvernement dans la ville de Nyala, capitale de l’État du Darfour Sud.
Depuis la prise d’El-Fasher, capitale du Darfour Nord, le 26 octobre dernier, les paramilitaires et leurs alliés contrôlent entièrement la région du Darfour. Et la ligne de front s’est désormais déplacée vers l’est, vers la région voisine du Kordofan.
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« La région du Kordofan est stratégique à plusieurs égards », explique le chercheur soudanais Suliman Baldo, directeur exécutif de l’Observatoire de la transparence et des politiques au Soudan : « Militairement tout d’abord, pour les FSR, prendre le Kordofan c’est pouvoir contrôler les lignes de ravitaillement de l’armée. » Économiquement ensuite, ajoute le chercheur, « le Kordofan est une région très riche en ressources agricoles, on y produit de la gomme arabique, du sésame, du bétails », des produits destinés à être exportés ; ainsi que des mines d’or.
C’est également au Kordofan que se situent les principaux champs pétroliers du pays. Début décembre, les FSR ont pris le contrôle du site pétrolier de Heglig, situé à l’extrême sud de la région du Kordofan, frontalier avec le Soudan du Sud.
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Kordofan, nouvel épicentre du conflit
El-Obeid est devenue le centre opérationnel de l’armée soudanaise au Kordofan. Avec plus d’un million d’habitants, la ville est aujourd’hui cernée par les paramilitaires. De même que les villes de Dilling et Kadugli, un peu plus au sud. « Une lente campagne de la faim est en place depuis plus d’un an. Mais de plus en plus de civils fuient car une attaque semble imminente », résume Mathilde Vu, chargée de plaidoyer pour le Soudan au sein du Conseil norvégien pour les réfugiés.
En effet, les frappes de drones y sont devenues presque quotidiennes.…
Dimanche dernier, une frappe sur la centrale électrique d’El-Obeid a privé la ville de courant pendant plusieurs heures. Le lendemain, dix personnes, dont sept enfants, ont été tuées lors d’une frappe de drone qui a touché leur maison. La population d’El-Obeid craint plus que jamais de subir le même sort que celle d’El-Fasher.
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À El-Fasher, un bilan toujours inconnu
El-Fasher, dont le bilan des massacres reste toujours inconnu. Le Laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale aux États-Unis – qui étudie les images satellites de la ville depuis des mois – avance le chiffre de plusieurs dizaines de milliers de morts, durant l’assaut. Selon son directeur, Nathaniel Raymond, les paramilitaires auraient depuis procédé à un important nettoyage de la ville, afin de faire disparaitre les preuves des tueries.
Après des semaines de longues négociations, l’ONU a pu mener, le 26 décembre, une mission d’évaluation de la sécurité à El-Fasher. Une première. Les équipes onusiennes ont passé plusieurs heures sur place, notamment à l’hôpital saoudien. Selon Denise Brown, coordinatrice humanitaire de l’ONU au Soudan, interviewée par RFI, « Il reste des civils à El-Fasher. Je ne donnerai pas de chiffre, parce que nous n’avons pas pu visiter toute la ville. Nous ne savons donc pas combien de personnes y vivent encore, mais il y a bien des gens sur place. Nous pensons aussi que des personnes sont détenues, mais nous n’avons pas eu accès à elles ».
Elle y décrit des habitants qui vivent dans des conditions indignes et ajoute espérer pouvoir rapidement retourner à El-Fasher, cette fois-ci avec de l’aide humanitaire.
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Pas d’avancée diplomatique
Depuis la chute d’El-Fasher, le groupe des médiateurs du Quad – États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte – ont intensifié leurs efforts pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu.
En septembre, ils avaient notamment proposé un projet de trêve humanitaire, suivi d’un cessez-le-feu, et d’une transition vers un gouvernement civil. Projet rejeté par le général al-Burhan, qui exige au préalable un retrait des paramilitaires des zones occupées, et surtout qui conteste la présence des Émiriens parmi les médiateurs du Quad, Abou Dhabi étant accusé de soutenir militairement les FSR du général Hemetti.
Ces dernières semaines, le balai diplomatique s’est encore intensifié. Cette semaine, Massad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump pour l’Afrique, était à nouveau en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis pour discuter, selon ses dires, « du besoin urgent d’une trêve humanitaire afin de soulager la souffrance de la population ».
Jeudi, il a même annoncé que Washington comptait organiser très prochainement une conférence des pays donateurs, pour trouver une solution à ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».
Douze millions de Soudanais sont déplacés dans leur propre pays selon le HCR – l’agence des Nations unies pour les réfugiés, quatre millions sont réfugiés dans les pays voisins. Et trente millions de personnes, soit les deux tiers de la population, ont besoin d’assistance humanitaire.
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