Sénégal: pour Bassirou Diomaye Faye, une rupture déjà consommée avec son Premier ministre Ousmane Sonko?

Samedi 7 mars, le chef de l’État a présidé la première assemblée générale de sa coalition « Diomaye président ». Une coalition qui se structure pour devenir une force alternative au Pastef, le parti du Premier ministre Ousmane Sonko dont le chef de l’État est lui-même issu. Avec, en ligne de mire, les prochains rendez-vous électoraux.
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De notre correspondante à Dakar
Sur scène, face à 600 partisans – dont des maires, cadres de la coalition et deux membres du gouvernement -, Bassirou Diomaye Faye l’assure : c’est la coalition « Diomaye président » qui a su rassembler un large soutien pour le porter au pouvoir en 2024.
Il faut donc continuer à l’élargir et préparer « les prochaines échéances électorales » comme le prévoit l’article 12 de sa nouvelle charte. Est-ce le signe d’une rupture définitive avec Ousmane Sonko ?
« Rupture dans le discours »
Pour Moussa Diaw, professeur émérite de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, « Diomaye a donné un signal fort aux Sénégalais pour dire qu’il a complètement rompu avec le projet qui le liait à Ousmane Sonko. Il a tourné cette page, il y a une rupture dans le discours. Tous les ancrages avec le Pastef ont été rompus. Il temporise pour ne pas avoir à prendre la décision de quitter le parti. »
Deux points soulevés samedi actent le fossé idéologique qui se creuse entre le chef de l’État et le Pastef : le refus d’une « justice des vainqueurs », en référence aux démarches entreprises par le pouvoir pour juger l’administration précédente. Et le refus, également, d’un « souverainisme intégral » à l’heure où le Sénégal, endetté, est dans une situation difficile vis-à-vis de ses partenaires internationaux.
Ce cap n’a pas été tracé par Bassirou Diomaye Faye lui-même mais par un de ses fervents soutiens et figure montante de la coalition, le ministre de l’Environnement Abdourahmane Diouf. « Oui, nous sommes souverains. Mais il ne peut pas y avoir de souveraineté intégrale, il ne peut pas y avoir de détestation des autres (…) Il faut de l’amour de soi, nous respecter nous-même », lance-t-il. Et d’assurer « le président l’a très bien compris ».
Plus allusif, le chef de l’État a lui aussi dessiné les contours d’un discours de rupture vis-à-vis de son parti d’origine. Ses propos ont été largement axés sur la réconciliation nationale et la paix, dans un contexte de divisions héritées des troubles politiques de 2021-2024. En appelant le plus grand nombre à rejoindre sa coalition, le chef de l’État poursuit aussi son opération d’élargissement initiée six mois plus tôt. Cette ouverture tranche avec le logiciel Pastef ancré dans la rupture avec l’ancien système et ses figures.
« Glissements sémantiques »
Pour Maurice Soudieck Dione, professeur agrégé de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, il s’agit là « d’un ajustement à la pratique réelle du pouvoir ». Autrement dit, une série d’assouplissements qui ne traduisent pas encore une scission nette. « Ce n’est pas encore la rupture totale, il y a des infléchissements et des glissements sémantiques dans la vision du projet, mais ce n’est pas encore une césure absolue par rapport au Pastef, poursuit-il. Aussi, sur le plan stratégique, il y a toujours cette volonté de vouloir capter des soutiens au sein du Pastef. »
Bassirou Diomaye Faye s’est contenté de faire des allusions discrètes aux tensions connues avec son Premier ministre, sans commenter l’avenir de leur relation. « Le silence a beaucoup de vertus », a-t-il glissé.
Pas d’annonce sur les élections de 2027
Même retenue observée vis-à-vis des échéances électorales. Alors que des maires affichent déjà leur ralliement à la coalition en vue des élections locales de 2027, le chef de l’État n’a pas officiellement annoncé que la coalition investirait des candidats en son nom à ce moment-là. « Chaque chose en son temps, c’est le moment de travailler », tempère-t-il.
Bassirou Diomaye Faye a tenu à rappeler qu’il était toujours membre du Pastef. En ligne, de nombreux fidèles du parti d’Ousmane Sonko considèrent que le chef de l’État a déjà quitté ses rangs.
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