Santé: pourquoi certains pays africains refusent de signer un accord bilatéral d’aide avec les États-Unis

En Afrique, une vingtaine de pays ont signé un accord bilatéral avec les États-Unis dans le cadre de « La stratégie mondiale pour la santé – America First ». Un programme lancé par l’administration Trump pour, officiellement, « protéger le territoire national en empêchant les épidémies de maladies infectieuses d’atteindre les côtes américaines […] et sauver des millions de vies et aider les pays à réduire leur dépendance à l’égard de l’aide étrangère ». Mais certains États africains comme la Zambie ou le Zimbabwe ont décidé de ne pas se plier pas aux conditions américaines.

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Avec notre correspondante à Johannesburg, Claire Bargelès

Après la restructuration et la réduction massive de plusieurs programmes de santé américains, les pays qui en bénéficiaient sont désormais poussés à accepter des accords bilatéraux avec l’administration Trump, afin de pouvoir débloquer de nouvelles aides.

Sur le continent africain, de nombreux États ont déjà accepté de jouer le jeu de cette stratégie « America First », signant des textes pour des millions d’euros. Les États-Unis ont ainsi signé des accords bilatéraux sur 5 ans avec une vingtaine de pays africains, dont, tout récemment, le Burkina Faso, la Guinée, le Niger et la RDC.

Selon Washington, l’objectif est, à long terme, de réduire la dépendance à l’aide internationale, et les États concernés s’engagent à co-financer les programmes par exemple de lutte contre le paludisme, le VIH ou la mortalité maternelle et infantile.

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« Un simple outil de négociation pour une administration rapace »

C’est aussi le contexte mondial qui pousse ces pays à accepter les conditions américaines, car les financements se raréfient. La France devrait, par exemple, réduire de 58% le montant qu’elle dédiait jusqu’à présent au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Mais pour Asia Russell, directrice de l’organisation Health Gap qui se bat pour un meilleur accès aux traitements contre le VIH et le Sida, il est très inquiétant de voir de tels textes être signés sans concertation. « Ces accords bilatéraux sont bien différents de la façon dont le programme Pepfar [le President’s Emergency Plan for AIDS Relief, plan d’aide d’urgence à la lutte contre le sida à l’étranger lancé en 2003 par les États-Unis, NDLR] fonctionnait, explique-t-elle. Il était basé sur des preuves scientifiques, en toute transparence, avec des gouvernements nationaux qui échangeaient avec les porteurs du VIH et le gouvernement américain, afin d’évaluer la progression des programmes et déterminer où les milliards de dollars devraient être investis, dans quelles cliniques et quelle zone. »

Elle déplore : « Lorsque la santé devient un simple outil de négociation pour une administration rapace qui veut, en échange, exploiter les ressources souveraines, comme les minerais, cela peut conduire à des résultats désastreux. Les programmes peuvent ne pas répondre aux besoins des personnes qui risquent de mourir si elles n’ont pas accès aux traitements ou à des moyens efficaces de prévention. »

Peu de transparence

De fait, les clauses et les montants varient, selon les négociations qui ont été menées. Mais, dans l’ensemble, il existe assez peu de transparence, notamment en ce qui concerne le partage de données de santé, qui peuvent donner un avantage aux Américains en matière de surveillance sanitaire.

C’est ce qui a poussé le Zimbabwe à refuser de signer un tel accord, jugé « asymétrique » par le porte-parole du gouvernement.

La Zambie demande, elle, une renégociation, alors que certains éléments semblent indiquer que des contreparties seraient demandées dans le secteur minier. Quant au Kenya, c’est la justice qui a bloqué, temporairement, l’application du texte signé, afin de vérifier qu’il respecte les lois locales.

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