Sanctions après la finale CAN : l'analyse de Joseph-Antoine Bell, ancien gardien de but du Cameroun

Onze jours après la finale chaotique de la CAN de foot remportée par le Sénégal 1-0 face au Maroc, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF) a communiqué ses sanctions. Le Sénégal, dont des joueurs avaient quitté le terrain pour protester contre un penalty accordé aux Marocains, reste champion d’Afrique, mais son sélectionneur et plusieurs de ses joueurs écopent de matches de suspension. Des sanctions sont aussi prononcées côté marocain. Notre consultant Joseph-Antoine Bell, qui avait commenté cette finale pour RFI, est l’invité d’Afrique Midi.

RFI : Joseph-Antoine Bell, la commission disciplinaire de la CAF a donc rendu ses sanctions après les incidents qui ont émaillé, il y a bientôt quinze jours, la finale de la Coupe d’Afrique des nations entre le Maroc et le Sénégal. C’était sous vos yeux, puisque vous commentiez, ce soir-là, la finale pour RFI. Les deux camps sont sanctionnés, mais le Sénégal garde son titre. Vous trouvez ça logique, normal ?

Joseph-Antoine Bell : Ah oui, ceux qui sont allés jusqu’à penser que le Sénégal pouvait être dépouillé de son titre exagéraient un peu. Il y avait une seule possibilité pour que le Sénégal n’ait pas le titre, c’était de le déclarer forfait sur-le-champ. Si l’arbitre avait été moins humain, il aurait demandé à exécuter le penalty et, à ce moment-là, il aurait constaté l’absence des Sénégalais et donc le forfait, mais il ne l’a pas fait. Donc le Sénégal ensuite a joué, le match s’est poursuivi, le Sénégal a eu son titre. Maintenant, les sanctions sont des sanctions disciplinaires et administratives et nous l’avions annoncé en direct. Donc les heureux auditeurs de RFI ne sont pas surpris de ce qui arrive aujourd’hui.

Quand même, les Sénégalais auront refusé de jouer pendant un quart d’heure. Finalement, ça n’a pas du tout prêté à conséquence. Seuls deux joueurs sont sanctionnés en plus du sélectionneur. Les Marocains crient au scandale. On peut les comprendre quand même ?

Oui, on peut les comprendre parce que la rigueur de la loi a été un petit peu diluée pour pouvoir en arriver là. C’est vrai parce qu’il fallait ne pas entacher le côté sportif de cette affaire-là et donc on a été indulgents. Je dirais que cela va peut-être encourager tous ceux qui ont la mauvaise foi de polluer l’environnement d’un match pour bénéficier d’un préjugé favorable, mais d’un préjugé qui est totalement corrompu.

C’est-à-dire qu’il vous suffit de crier qu’on va jouer, vous allez voir l’arbitre, le public, le machin, les adversaires pour que tout le monde se dise « il ne faut surtout pas que ça arrive » et que ce qui est normal devienne anormal. Et, c’est ce qui s’est passé au Maroc. Les réseaux sociaux ont pourri l’environnement de la compétition en désignant les arbitres à la vindicte populaire. Mais, vous savez, il n’y a jamais eu de compétition où les compétiteurs disent que les arbitres sont bons.

Les arbitres ont bon dos. C’est un corps qui est toujours attaqué, alors que le principe de base est précisément de ne pas penser à eux. Ce sont des sportifs qui viennent là pour réaliser une belle performance, eux aussi, mais ils n’ont pas de supporters et ils n’ont pas de camp, donc évidemment chacun des deux camps est enclin à les attaquer à tour de rôle. Cette tactique-là, qui avait déjà été employée par d’autres adversaires auparavant, au point que même ceux qui n’ont pas rencontré le Maroc se disaient victimes de l’arbitrage à cause du Maroc, c’est exagéré. Il faut ne pas prêter attention à cela et c’est pour cela que la sanction vis-à-vis des dirigeants qui encouragent cela, vis-à-vis de tous ceux qui, par la suite, même dans le calme de l’après-match, continuent à véhiculer de fausses nouvelles, leur sanction est tout à fait adaptée et tout à fait justifiée.

Pape Thiaw, le sélectionneur sénégalais, écope de cinq matchs de suspension de la CAF. Il pourra diriger son équipe au Mondial. Les sanctions ne sont pas étendues à la FIFA. Clémence incompréhensible pour certains. Vous pensez la même chose ?

Non, je pense que c’était simplement un raisonnement, encore une fois, humain, en se disant « oui, il a fauté », mais faut pas oublier que Pape Thiaw, logiquement, sa faute est très grave, mais elle bénéficie de circonstances atténuantes. C’est-à-dire que le soir même, à la sortie même du stade, il avait déjà présenté des excuses. Donc, comme on dit qu’une faute avouée est à moitié pardonnée. Il a présenté ses excuses tout de suite. Et tant pis pour tous ceux qui, les va-ten guerre qui disaient qu’« il a raison, il faut sortir ».

Lui, qui a fait sortir, dit « non, je me suis trompé, fallait pas le faire ». Et bien que les autres apprennent. Donc je pense que d’avoir cette clémence, de ne pas le priver de Coupe du monde, c’est du fair-play de la part de la Commission. La Commission n’est pas là pour se venger des gens, il faut les sanctionner pour qu’il y ait aussi un peu de pédagogie, pour que les gens apprennent de leurs erreurs et non pas les assassiner.

Et ce verdict, il referme la page de cette finale chaotique ou est-ce qu’il faut s’attendre à une nouvelle manche devant le Tribunal arbitral du sport ?

Moi, je conseillerais aux uns et aux autres de s’en tenir à cela parce qu’il faut penser au côté sportif et à l’image que nous donnons. Et, surtout à l’éducation que nous devons à nos supporters. C’est pas pour rien qu’on sanctionne les acteurs très durement, parce que leur comportement sur le terrain induit le comportement des supporters. Donc, je crois que les dirigeants des deux camps doivent se ressaisir et ne pas aller plus loin.

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