RDC: au Sud-Kivu, l'AFC/M23 prêt à se retirer d'Uvira sous conditions
Alors que, depuis vendredi 12 décembre, les États-Unis accentuent leur pression sur le Rwanda qui soutient le mouvement rebelle, l’AFC/M23 a publié un communiqué dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 décembre. Le groupe y annonce son retrait unilatéral de la deuxième ville du Sud-Kivu, moyennant sa « démilitarisation », « la protection de [s]a population » et « le contrôle du cessez-le-feu par le déploiement d’une force neutre ».
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Moins d’une semaine après la prise de la ville d’Uvira, dans l’est de la RDC, l’AFC/M23 a annoncé dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 décembre son retrait unilatéral de la deuxième ville de la province du Sud-Kivu.
« L’AFC/M23 va unilatéralement retirer ses forces de la ville d’Uvira, à la demande des États-Unis », peut-on notamment lire dans un communiqué publié par le mouvement rebelle. Alors que celui-ci a poursuivi son avancée dans la région ces dernières semaines, ses dirigeants présentent cette décision comme une « mesure de confiance en soutien au processus de Doha » entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Le mouvement ne donne ni calendrier précis, ni indication claire sur l’ampleur réelle de ce retrait. Autre zone d’ombre : rien n’est dit sur Makobola et sur les autres entités conquises après la prise d’Uvira, le 10 décembre. Autrement dit, l’annonce concerne Uvira, et Uvira seulement. Du moins, pour l’instant.
Sur la ville elle-même, l’AFC/M23 fixe une ligne rouge : pas question, dit-elle, que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ou les combattants Wazalendo réoccupent immédiatement Uvira.
Le retrait est donc assorti de conditions, que le mouvement présente comme des garanties de sécurité. Première d’entre elles : l’implication directe des garants du processus de paix, les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine, pour obtenir un autre type de gestion de la ville, c’est-à-dire sa démilitarisation, et le déploiement d’une force dite neutre. Mais quelle « force neutre » ? La question reste ouverte.
La Monusco n’est, par exemple, pas déployée au Sud-Kivu et l’AFC/M23 la considère comme une force belligérante vaincue. Kinshasa s’est par ailleurs toujours opposé à l’installation d’une zone tampon. Et surtout, aucune négociation n’a encore commencé entre Kinshasa et l’AFC/M23 sur le protocole de mesures sécuritaires transitoires, pourtant évoqué dans l’accord-cadre de Doha.
Pression croissante des États-Unis sur le Rwanda
La question centrale, désormais, est de savoir comment les États-Unis vont structurer l’accompagnement politique et sécuritaire de ce retrait annoncé, et surtout, si la pression exercée depuis la prise d’Uvira se traduira par des sanctions.
Cette annonce intervient en effet à un moment où celle de Washington s’accentue sur le Rwanda, soutien de l’AFC/M23. Après la prise d’Uvira la semaine précédente, l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz, a d’abord estimé, le 12 décembre, devant le Conseil de sécurité, que Kigali « men[ait] la région vers plus d’instabilité et vers la guerre ».
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Ce week-end ensuite, le secrétaire d’État américain Marco Rubio est allé plus loin, accusant le Rwanda de violer l’accord de paix signé au début du mois à Washington sous l’égide de Donald Trump.
Enfin, ce 15 décembre encore, avant que l’AFC/M23 ne publie son communiqué, l’ambassadrice des États-Unis en RDC, Lucy Tamlyn, a expliqué que son pays examinait tous les outils à sa disposition – dont des sanctions – pour « garantir que les engagements pris soient honorés ». Des sources diplomatiques nous confirmaient ce week-end que de nouvelles sanctions, contre des responsables rwandais, étaient effectivement sur la table, rapporte notre correspondante à Kinshasa, Paulina Zidi.
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