Pays-Bas: un Érythréen condamné à 20 ans de prison pour trafic d'êtres humains en Libye

Un tribunal néerlandais a condamné mardi Amanuel Walid, aussi appelé Tewelde Goitom, un Érythréen à 20 ans de prison pour avoir dirigé un important réseau de trafic d’êtres humains, « particulièrement cruel », au sein duquel des migrants étaient torturés et victimes d’extorsion, notamment en Libye.

Amanuel Walid, un Érythréen d’une quarantaine d’années, a été condamné mardi 27 janvier par tribunal de Zwolle, dans le nord des Pays-Bas, à 20 ans de prison ferme pour avoir dirigé un important réseau de trafic d’êtres humains.

Selon la justice, l’homme, aussi appelé Tewelde Goitom, a traité les migrants « sans la moindre humanité » lors de leur trajet d’Érythrée vers l’Europe, via la Libye.

« Votre seul but était de soutirer le maximum d’argent possible à des personnes en quête d’un avenir meilleur », a déclaré le juge René Melaard en s’adressant à Amanuel Walid.

« Traitement particulièrement cruel, violent et dégradant »

Des membres de son réseau ont maltraité des milliers de migrants avant de les détenir dans des camps surpeuplés et insalubres en Libye, extorquant d’importantes sommes d’argent à leurs familles.

Le tribunal de Zwolle, dans le nord des Pays-Bas, a entendu des témoignages de victimes, torturées alors qu’elles étaient au téléphone avec leurs familles aux Pays-Bas. Ces proches étaient alors contraints de payer pour que les sévices cessent.

Ce n’est qu’après réception de l’argent de leurs familles que les exilés étaient mis sur des embarcations de fortune pour la périlleuse traversée de la Méditerranée. Nombre d’entre eux se sont noyés.

Le parquet néerlandais avait requis la peine maximale de 20 ans de prison contre Amanuel Walid, pour avoir dirigé une organisation criminelle de trafic d’êtres humains, avec extorsions, prises d’otages et agressions sexuelles.

Des migrants rescapés des prisons clandestines de Bani Walid. À droite, un passeur compte ses billets. Crédit : DR
Des migrants rescapés des prisons clandestines de Bani Walid. À droite, un passeur compte ses billets. Crédit : DR

« Le tribunal estime que la gravité et l’ampleur de ces crimes justifient l’application de cette peine maximale », a déclaré le juge, soulignant le « traitement particulièrement cruel, violent et dégradant que l’accusé et ses complices ont infligé aux migrants ».

Le tribunal a cependant statué qu’il n’avait aucune compétence pour connaître des accusations de prise d’otages et d’infractions sexuelles, car ces crimes présumés n’ont pas eu lieu sur le territoire néerlandais.

Amanuel Walid est détenu aux Pays-Bas depuis octobre 2022. Il affirme porter un autre nom, Tewelde Goitom, et avoir 46 ans, et non 42.

Il n’a fait aucune déclaration substantielle devant le tribunal. Il a nié les accusations et soutient qu’il s’agit d’une erreur d’identité.

« Le tribunal est convaincu, hors de tout doute raisonnable, que vous êtes la personne qui a agi comme trafiquant à Bani Walid, en Libye », a rétorqué le juge.

Première condamnation en Érythrée

Les avocats de la défense ont également fait valoir que leur client avait déjà été jugé en Éthiopie pour des faits identiques et qu’il ne pouvait donc être jugé une seconde fois.

En 2021, Amanuel Walid avait en effet été condamné par un tribunal d’Addis-Abeba à 18 ans de prison et à une amende de 200 000 birr (1 770 euros).

Mais le tribunal néerlandais a souligné que la peine prononcée en Éthiopie n’avait pas encore été appliquée, et que Amanuel Walid pourrait faire appel le cas échéant.

La ville de Bani Walid se trouve à une centaine de kilomètres de Tripoli. Crédit : Google Maps
La ville de Bani Walid se trouve à une centaine de kilomètres de Tripoli. Crédit : Google Maps

Le parquet néerlandais estime que Amanuel Walid était l’un des passeurs les plus actifs sur l’itinéraire reliant les régions d’Afrique ravagées par les conflits à l’Europe, via la Libye. Il « privait ses victimes de leur liberté et de leur dignité », a plaidé le ministère public devant le tribunal. « Il les a détenues dans des conditions épouvantables, les a affamées, torturées et leur a refusé les soins médicaux essentiels », a-t-il ajouté.

L’homme sévissait dans la région de Bani Walid en Libye entre 2014 et 2018. Pendant des années, il a été à la tête d’un business lucratif et sans pitié. Bani Walid, ville située à une centaine de kilomètres au sud de Tripoli, est tristement célèbre pour être l’une des terribles étapes des migrants sous le coup des trafiquants en Libye.

Ils y sont régulièrement la cible d’exactions commises au vu et au su de tous. Depuis des années, InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de migrants passés par un des centres de cette ville. En 2017, un Camerounais prénommé Issa expliquait qu’il fallait « prier Dieu pour de pas être vendu dans un ghetto de Bani Walid« . Plus récemment, en janvier 2020, Ibrahim, un Sénégalais, racontait que « Bani Walid [était] le pire endroit sur terre ».

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