Pas de «trucs bizarres»  dans le karité guinéen de Mama Sango

Le fruit du karité est une noix qui pousse à l’état sauvage et qui est de plus en plus utilisé dans l’industrie agro-alimentaire, notamment dans la fabrication du chocolat. Mais c’est aussi une oléagineuse qui permet aux femmes africaines de se créer des revenus grâce à sa récolte et sa transformation pour l’industrie cosmétique. C’est ainsi qu’en France, la Guinéenne Zéna Barry a créé une marque de produits cosmétiques, Mama Sango, sur la base du beurre fabriqué en Guinée.

« Mama Sango, c’est ma mamie chérie, ma mamie maternelle avec qui j’ai grandi, qui m’a appris plein, plein de choses. J’étais tout bébé, j’ai fait plein de villes avec elle et mon grand-père maternel qui, lui, était enseignant… ». Zéna Barry est intarissable sur son pays et ses origines. Il faut dire que ce petit bout de femme, toujours gaie et extrêmement loquace, est une Peule un peu particulière. Guinéenne d’origine, spécialiste en droit des affaires en France, cette entrepreneuse dynamique a décidé de promouvoir le karité guinéen dans le Berry, dans le centre de l’Hexagone, où elle s’est installée avec son mari. Rencontrée au Salon du bien-être à Paris, elle nous vante ses produits cosmétiques et alimentaires à base de beurre de karité. 

Zéna Barry et son époux
Zéna Barry et son époux © Frédéric Garat

« On produit déjà des merveilles autour du vrai beurre de karité qui vient de Guinée, produit par les braves femmes de ce merveilleux pays que j’aime beaucoup, mon pays d’origine ! Je suis arrivée en France pour mes études de droit, et en 2011, j’ai décidé de valoriser le vrai karité, parce que je voyais beaucoup de karité sur le marché français. J’ai compris qu’il y avait du karité industriel, extrait par des industriels avec des produits douteux. Et côté artisanal, je trouvais que ce produit n’était pas mis en valeur. C’est comme ça que j’ai décidé de créer Mama Sango, pour permettre aux femmes productrices de karité du village de mes grands-parents en Guinée, et d’autres villages bien évidemment, de vivre du fruit de leur travail. Le karité Mama Sango vient de la Haute-Guinée. » 

Mama Sango, du nom de sa grand-mère, est une gamme de produits cosmétiques à base de beurre de karité. Avec « 0% de trucs bizarres dedans », assure Zéna Barry.

À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d’amandes brutes

« On formule nos produits »

« Avant 2011 déjà, j’ai constitué une équipe toxicologue, aromatologue et moi-même. On a formulé nos produits et fait quatre ans de recherche et développement et on a créé nos formules. Puis, on les a fait valider, et aujourd’hui, on a une cinquantaine de formules. Tous les ans, on achète le karité aux femmes et – très important ! – c’est elles qui fixent le prix, donc c’est du vrai commerce équitable. Ça leur permet de vivre de leur travail et c’était un de mes objectifs. On amène tout dans notre labo, dans le Berry, à Argenton-sur-Creuse, une très belle ville dont je fais la promotion, que j’aime beaucoup ! Et toutes ces merveilles sont fabriquées là-bas », poursuit-elle.

De cinq kilos de beurre de karité importés de Guinée à ses débuts en 2011, Zéna Barry est passée à plusieurs tonnes transformées chaque année. Grâce à cela, elle arrive à faire travailler près de 300 femmes en Guinée qui récoltent, sèchent, décortiquent et barattent le beurre de karité. Une activité rémunératrice et de plus en plus valorisée sur le marché international, comme nous le confirme l’agroéconomiste Anaïs Chotard du cabinet d’expertise Nitidae.

Favoriser la transformation nationale

« C’est une matière grasse végétale qui est de plus en plus consommée, exportée et recherchée parce qu’effectivement, elle peut remplacer le beurre de cacao dans certains produits chocolatés sur le marché européen. Et donc, vu le prix du beurre de cacao actuellement, c’est quand même très intéressant de se tourner vers le beurre de karité à la place, de faire des mélanges ou des recettes. C’est donc une matière végétale qui est  recherchée. Il y a vraiment une stratégie très répandue dans les zones de production pour favoriser la transformation nationale », explique l’experte.

Chaque année, ce sont quelque 500 000 tonnes de noix de karité qui sont exportées d’Afrique. La tonne de beurre, elle, est estimée à 1 500 dollars, avec une demande toujours croissante, d’où le fait que Zéna Barry, à son niveau, milite pour une structuration de la filière karité, dans son pays, la Guinée.

À lire aussiLe karité atteint des prix jamais vus en en dix ans

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close