Nord-Est de la RDC: l’UA «condamne avec la plus grande fermeté» l'attaque de drones de l’AFC/M23 à Kisangani

L’attaque de drones revendiquée par le groupe politico-militaire AFC/M23, qui a visé le week-end précédent l’aéroport stratégique de Kisangani, ville du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), pourrait s’apparenter à un « acte terroriste », a accusé ce 6 février 2026 l’Union africaine (UA). Une fermeté et une réactivité assez inhabituelles pour l’UA sur ce dossier congolais.

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Avec notre correspondante à Kinshasa, Paulina Zidi

L’Union africaine (UA) condamne l’attaque revendiquée de l’AFC/M23 sur Kisangani. Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 février, plusieurs drones ont visé les infrastructures de l’aéroport de la capitale provinciale de la Thsopo, dans le nord-est de la RDC, sans faire de dégâts, selon les autorités.

Dans son communiqué, le président de la Commission a appelé le mouvement armé à cesser immédiatement toutes les hostilités.

« Acte terroriste » potentiel

Jusqu’ici, les communiqués de l’instance continentale étaient assez rares, un peu en retrait : pas de condamnation franche. Mais après cette attaque de Kisangani, l’inquiétude du président de la Commission, c’est « l’élargissement du théâtre des hostilités à des villes éloignées des lignes de front, facteur majeur d’escalade qui fait peser des risques inacceptables sur la stabilité nationale et régionale ».

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Mahmoud Ali Youssouf évoque une attaque « susceptible de relever de la qualification d’acte terroriste ». Un terme qui jusqu’ici n’avait pas été utilisé par l’UA pour qualifier les actions de l’AFC/M23.

« L’éventualité de sanctions américaines se précise »

Pour certains analystes, ce communiqué montre que la pression s’accentue ces dernières semaines sur la rébellion et ses soutiens, y compris du côté des pays africains, alors que l’on se rapproche du prochain sommet des chefs d’États et de gouvernements de l’UA, les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, où il sera question de cette crise sécuritaire en RDC.

« L’éventualité de sanctions américaines se précise », estime un expert. D’ailleurs, Paul Kagame, le président rwandais, a lui-même évoqué le sujet, balayant ces menaces.

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Néanmoins, une liste serait en préparation à Washington et les Américains pourraient être suivis par d’autres chancelleries. « La logique, c’est la négociation et non plus l’escalade sur le terrain », assure le politologue Christian Moleka. L’année dernière, les prises de Goma et de Bukavu avaient conduit les Américains, l’Union européenne et l’ONU à prendre une série de sanctions, notamment contre des responsables rwandais.

Deux accords ont été signés au cours des derniers mois pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est congolais. Une déclaration de principes définissant des engagements pour un cessez-le-feu a été signée à Doha par le M23 et le gouvernement de Kinshasa. Un accord dit « pour la paix et la prospérité » a été entériné en décembre à Washington par la RDC et le Rwanda. Mais aucun texte n’a mis un terme aux affrontements sur le terrain.

Des déclarations qui condamnent une « réaction sans condamner le problème de fond », dit Kigali

À Kigali, ce vendredi 6 février, le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a répondu au cours de la deuxième journée du Dialogue national au communiqué du président de la Commission de l’Union africaine. « Nous avons un problème dans l’est de la RDC : l’utilisation d’aéroports civils pour mener des attaques contre des civils dans l’est de la RDC. C’est un problème ! Et ensuite, nous avons des déclarations d’organisations internationales qui condamnent la réaction, sans condamner le problème de fond », a déclaré le chef de la diplomatie rwandaise.

Nous avons un problème dans l’est de la RDC : l’utilisation d’aéroports civils pour mener des attaques contre des civils dans l’est de la RDC. C’est un problème ! Et ensuite, nous avons des déclarations d’organisations internationales qui condamnent la réaction, sans condamner le problème de fond. Le problème principal est la violation du cessez-le-feu et le ciblage de civils, principalement sur une base ethnique. Nous avons tout ce qu’il faut pour parvenir à la paix dans l’est de la RDC. La seule chose qui manque, c’est la volonté politique du gouvernement de Kinshasa, mais aussi celle de la communauté internationale, qui est censée faire pression sur Kinshasa pour qu’ils mettent en œuvre ce qu’il a signé et ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord.

Le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe: «La seule chose qui manque, c’est la volonté politique du gouvernement de Kinshasa, mais aussi celle de la communauté internationale»

Lucie Mouillaud

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