Niger: Le repositionnement stratégique de Tiani

En d’autres circonstances, le voyage du général  Abdourahamane Tiani, à Alger, les 15 et 16 février 2026, n’aurait pas outre mesure suscité des interrogations dans les relations bilatérales. Tout au moins, le contexte géopolitique entre le Niger et l’Algérie, marqué par des tensions sous-jacentes entre les deux pays, pouvait parfaitement le justifier.

Mais, il faut relever que la position géographique du Niger n’est pas étrangère à cette nouvelle dynamique enclenchée par le régime de Niamey. Cette ouverture vers l’Algérie pourrait s’analyser à un triple point de vue.

D’abord, faut-il le rappeler, le Niger, après avoir réalisé des investissements lourds sur un projet de pipeline qui devait traverser le territoire béninois sur 675 km, pour aboutir au port de Sémé Kpodji, a eu quelques bisbilles avec le régime de Cotonou, ayant abouti à la fermeture des frontières entre les deux pays.


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Il s’y ajoute que la tension est palpable depuis un certain temps. Le régime de Niamey a déjà accusé le président Patrice Talon d’abriter des bases françaises sur son territoire afin de déstabiliser son régime. Pour un pays sans littoral, par ailleurs membre de l’Alliance de la Confédération des États du Sahel (AES), composée essentiellement d’États enclavés, l’enjeu économique de cette situation peut expliquer la volonté de ce pays sahélien de dépasser l’incident du drone nigérien abattu par l’armée algérienne.

L’Algérie, qui offre un débouché sur la Méditerranée et donc l’Europe, peut être un allié stratégique, en attendant la normalisation des relations avec le Bénin et la réouverture des frontières, nécessaire à la mise en service du pipeline pour ses exportations de pétrole. Au demeurant, il est aussi bénéfique pour le Niger de disposer de deux opportunités pour exporter son pétrole via la Méditerranée et via l’océan Atlantique.

Ensuite il faut dire que cette visite de deux jours à Alger offre une autre perspective de lecture au regard des relations tendues entre l’Algérie et le Mali, son allié dans l’AES, et dont l’un des opposants les plus virulents, l’imam Mahmoud Dicko, a obtenu l’asile politique à Alger. Cette initiative diplomatique peut à n’en pas douter ouvrir une fenêtre pour la normalisation des relations entre Bamako et Alger, un axe important dans la lutte contre les mouvements terroristes qui écument la bande sahélienne et ce, sur les trois pays de l’AES.

Enfin, les vulnérabilités sécuritaires qui ont marqué les frontières de l’espace AES ces dernières semaines inscrivent cette initiative diplomatique du plus grand territoire de l’Afrique de l’Ouest, frontalier avec 6 pays, dans la perspective de faire face au plus grand défi sécuritaire, qui risque de saper la compétitivité de l’économie de cette région. Les actions subversives du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), d’AQMI et de Boko Haram, sur les frontières de ces pays visent aujourd’hui les flux commerciaux stratégiques.

D’où la nécessité de trouver une solution à l’enclavement qui freine l’accès aux réseaux mondiaux de transport des marchandises. L’Algérie, au-delà de l’aspect sécuritaire, constitue à n’en pas douter un allié stratégique à la fois pour le Niger et l’AES. Le rôle du général Tiani à ce moment précis est crucial, y compris pour le retour à la normale dans les relations entre le Mali et l’Algérie, qui pourrait être un point de vulnérabilité pour leur ensemble.

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