Niger: Entre le pays et Orano, le ton est à l'apaisement

Orano (ex-Areva) se dit favorable à une solution négociée avec le Niger qui a pris possession d’une quantité d’uranium que révendique le groupe français.

Au Niger, dans une interview accordée le 13 février dernier à la télévision nationale, le général Abdourahamane Tiani a indiqué qu’il était prêt à « envoyer » à la France sa part sur l’uranium trouvé par les militaires à leur arrivée au pouvoir, en juillet 2023.

De l’uranium extrait sur le site de la Somaïr, à Arlit, dans le nord du Niger, soit une centaine de tonnes, selon le général Tiani.


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Du côté d’Orano, on voit, à travers cette déclaration, les prémices d’une possible discussion. Mais, qu’est-ce qui expliquerait ce changement de ton de la part de Niamey ?

Des discussions en amont

« L’évolution que nous voyons est la résultante d’une série d’actions, surtout de la part de l’Élysée, avec la rencontre qu’il y a eu entre le président Faure Gnassingbè et Emmanuel Macron, en marge de la conférence humanitaire sur la RDC en octobre dernier. Il y a aussi l’attaque qui a visé l’aéroport de Niamey qui pourrait être appréhendée comme un élément qui a contribué à cette détente », explique Ladji Ouattara, responsable de l’Observatoire du Sahel auprès de Thinking Africa.

Le Niger se dit ainsi prêt à rendre à Orano 95 tonnes d’uranium sur les 156 tonnes produites juste avant le coup de force de juillet 2023.

Orano conteste

Orano conteste pour sa part la quantité que veut lui accorder le Niger. Cette quantité correspond, selon le directeur général d’Orano, Nicolas Maes, « aux volumes qui devaient être en stock à la mine le jour du coup d’Etat », le 26 juillet 2023. Or, par la suite, dit-il, la mine « a continué de produire pendant un moment ».

Au centre de la discorde, une cargaison d’au moins 1 000 tonnes d’uranium concentré stockée depuis des mois à l’aéroport de Niamey et qu’Orano estime à une valeur de 240 millions de dollars, (environ 157 milliards de francs CFA) et qui est aux mains du pouvoir nigérien.

Le Togo, par où devait transiter cet uranium, souhaiterait une issue négociée avant d’accueillir la précieuse marchandise estime Ladji Ouattara, responsable de l’Observatoire du Sahel auprès de Thinking Africa.

« Selon plusieurs informations, dès le 27 novembre, des responsables d’Orano se sont rendus à Lomé pour échanger avec les autorités togolaises sur la nécessité de trouver une solution concertée. »

De l’uranium convoité par l’Iran

Les 1 000 tonnes d’uranium stockées à Niamey seraient convoitées par certains pays, dont l’Iran, et Washington ferait pression pour qu’aucun pays côtier ne reçoive la précieuse marchandise.

« Le Niger avait entrepris des échanges avec un pays comme l’Iran et selon plusieurs sources, Washington a pris contact avec plusieurs pays côtiers, afin d’éviter qu’une telle transaction ait lieu », dit Ladji Ouattara.

Procédure judiciaire

Orano a engagé plusieurs procédures judiciaires pour faire valoir ses droits. Le groupe parle de spoliation de ses biens, en totale violation des règles de droit.

Pour l’activiste Mamane Kaka Touda, de l’association Alternatives Espaces Citoyens, ce bras de fer n’est pas fait pour rassurer les investisseurs étrangers.

« Si jamais cette affaire n’est pas réglée à l’amiable, n’importe quel autre investisseur va réfléchir par deux ou trois fois avant de se lancer au Niger, parce que si dans un contrat, une partie peut décider unilatéralement de saisir des biens, cela est grave. »

A l’origine de toute cette tension, la nationalisation, en juin dernier, de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), une filiale du groupe français Orano. La Somaïr était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l’État du Niger.

Les autorités nigériennes reprochent au groupe français d’avoir arrêté ses investissements dans le pays, retiré son personnel et déconnecté les serveurs, après le coup d’État militaire de juillet 2023.

Les autorités militaires disent avoir alors mobilisé plus de 24 milliards de francs CFA pour maintenir l’outil de production. Tout ce qui a été produit depuis appartient donc au Niger, affirme le général Abdourahamane Tiani.

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