Mozambique: Carlitos Cadangue visé après ses enquêtes sur l’exploitation minière illégale

Le Mozambique est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique et aux catastrophes naturelles. De plus en plus de journalistes couvrent ces questions, mais ils restent minoritaires. Parmi eux, Carlitos Cadangue, journaliste pour la chaîne privée STV, enquête sur les liens entre hauts dirigeants et entreprises impliquées dans des activités minières illégales et des violations des normes environnementales. En février, il dit avoir été victime d’une « tentative d’assassinat ». 

Carlitos Cadangue enquête sur les crimes environnementaux depuis trois ans. Tout commence lors d’un séjour chez sa mère à Gondola, dans le centre-est du pays, lorsqu’il remarque la couleur marron et opaque de l’eau du robinet qu’elle boit et décide d’enquêter sur son origine. « Toute l’eau de la région vient de la lagune de Chicamba. Quand j’ai enquêté, j’ai découvert que tous les orpailleurs, artisanaux comme industriels, lavent l’or dans ces fleuves. Or, cette eau alimente les villes de Gondola, Chimoio, Messica, Vanduzi, Manica… Les habitants boivent de l’eau sale et impropre ! C’est un attentat à la santé publique », dit-il.

« Là, j’ai commencé à avoir peur »

Il poursuit ses enquêtes et montre les effets dévastateurs de l’extraction minière illégale. Pollution des sols et des cours d’eau, récoltes perdues, risques pour la santé, la liste est longue. Son travail fait du bruit et les autorités réagissent. Le 30 septembre, Maputo suspend l’activité minière dans la province. « À partir du 30 septembre les choses sont devenues étranges. Certaines entreprises m’appelaient pour me dire sur un ton menaçant que, à cause de mes reportages, elles avaient dû arrêter leurs activités. Là, j’ai commencé à avoir peur », raconte-t-il.

Le journaliste découvre que certaines entreprises, et pas n’importe lesquelles, continuent malgré tout de fonctionner, enfreignant l’ordre de suspension. Carlitos recevra plusieurs avertissements, jusqu’à des menaces directes de la part de dirigeants locaux. « Par exemple, l’entreprise Dima Mining appartient à l’un des fils de l’ancien président Filipe Nyusi. Non seulement elle traite l’or dans la rivière, mais elle a même détourné le cours d’eau vers son usine de traitement… Des amis m’appelaient pour me dire : « fais attention, ton nom circule, les sociétés minières ne sont pas contentes ». Puis un jour, la gouverneure de la province, Florentina Gomes, m’a appelé. Ses fils possèdent l’entreprise Nha Mahambo, qui exploite une mine. J’avais couvert la mort de 13 personnes sur ce site, malgré l’arrêt des activités décidé par le gouvernement. Au téléphone, elle m’a accusé de salir l’image de la région et m’a demandé pourquoi je ne partais pas vivre ailleurs. Elle m’a clairement menacé ».

« Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer »

Quelques mois plus tard, le 4 février, Carlitos Cadangue est en voiture avec son fils lorsqu’un autre véhicule se met en travers de la route. Trois hommes armés en sortent et tirent à plusieurs reprises. « Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer. Ils portaient des uniformes de police et des cagoules. Ils ont arrêté de tirer seulement lorsqu’une balle a traversé le pare-brise parce qu’ils ont du penser que j’étais mort. Pour moi, il ne fait aucun doute: c’était lié à mes reportages ».

Depuis l’attaque, pour laquelle il a porté plainte, Carlitos Cadangue n’a pas repris le travail et sort peu de chez lui. La presse et la télévision mozambicaine ont largement relayé l’attaque et diffusé le témoignage du journaliste. Les réactions sont aussi politiques. L’actuel président Daniel Chapo a exigé des « éclaircissements » sur l’affaire, déclarant solennellement que « la peur et l’insécurité sont des ennemis de la liberté ».

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