Maroc: Agadir, la troisième ville du pays qui accueille le plus de résidents étrangers

Neuvième ville du pays en nombre d’habitants, la cité balnéaire est pourtant la troisième ville du Maroc qui compte le plus de résidents étrangers. Retraités européens ou travailleurs venus d’Afrique subsaharienne, la ville est devenue un carrefour où se croisent des habitants aux profils variés.

De notre correspondant de retour d’Agadir,

Le long de la côte dans la région de Sous-Moussa, ils font désormais partie du paysage : des colonies de camping-cars garés face à la mer. Ces retraités européens passent les mois d’hiver au soleil, avec un pouvoir d’achat plus fort, avant de reprendre la route vers le Vieux continent. Mais ils sont aussi de plus en plus nombreux à s’installer définitivement dans le sud du Maroc.

« On a une villa avec piscine, des orangers, citronniers, bananiers… », expose Brigitte, 70 ans, originaire des Ardennes en France. Elle a acquis une maison dans l’arrière-pays d’Agadir, il y a 15 ans déjà, et vante les mérites du Maroc : « Le climat, et c’est francophone aussi. Il fait bon vivre, très très bon vivre. »

Doyenne de ce nouveau phénomène migratoire, elle a pu observer son évolution : « On a vu une transformation exceptionnelle à Agadir. Il y a de plus en plus de personnes qui viennent passer leur retraite aussi, au soleil. La vie au Maroc est très agréable, les Marocains sont très accueillants. On s’y est fait des amis marocains et des amis français qui font, comme nous, des navettes entre le Maroc et la France. Jusqu’au moment où on ne pourra plus se permettre de faire des trajets en avion. »

À lire aussiClassement 2025 des 10 pays où s’expatrier pour mieux profiter de sa retraite

113 pays différents se retrouvent à Agadir

Selon le dernier recensement de 2024, la ville d’Agadir compte officiellement 14 000 résidents étrangers venus de 113 pays différents. Un chiffre quasiment multiplié par quatre en dix ans et qui serait très minimisé, tous les étrangers ne se déclarant pas auprès de leurs ambassades. C’est souvent le cas pour les habitants venus d’Afrique subsaharienne, qui seraient pourtant autour de 15 000 à Agadir, dont la grande majorité sont arrivés ces dix dernières années. Christelle, Ivoirienne, a vu sa fille grandir au Maroc :

« Elle est née ici, elle va grandir ici. Aujourd’hui, elle a 7 ans, donc elle est là. Elle parle déjà darija. Moi, je ne parle pas darija, mais elle, elle parle darija, donc elle se sent plus marocaine que moi, ça va ! »

La fillette aux multiples couettes cintrées d’élastiques colorés joue devant la petite échoppe de sa mère. « Salam, comment tu vas ? », lâche la fillette. Sur sa lancée, elle n’hésite pas à répondre en darija. « Kifach nta, kifash katqra f’lmadrasa ? Maintenant, je t’ai dit :  »comment tu lis à l’école ? » », traduit-elle. Plus précisément, la fillette a dit : « Qu’est-ce que tu étudies à l’école ​​​​​​​? »

« ​​​​​​​Pour moi, l’immigration est une richesse »

Mohamed Charef est enseignant-chercheur, directeur de l’Observatoire régional des migrations espace et société (ORMES). Il rappelle qu’historiquement, Agadir a toujours été à la fois une ville de départ, d’arrivée et de transit. Le phénomène a explosé ces dernières années, et il met en garde contre les nouveaux discours de haine qui se font entendre au Maroc :

« Pour moi, l’immigration est une richesse. Il faut que tout le monde se mobilise pour réussir l’intégration, l’intégration de l’autre, de part et d’autre. Il faut qu’il y ait un effort qui soit fait de la part des immigrés ou des étrangers qui s’installent eux-mêmes pour éviter leur étrangéité. Il faut éviter qu’il y ait un certain nombre de ghettos qui pourraient être problématiques dans les années à venir, à moyen ou long terme. »

À lire aussiMigrations en Afrique du Nord : les défis de l’installation

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close