Mali: le journaliste Youssouf Sissoko se défend de toute infraction

Le journaliste malien Youssouf Sissoko a comparu lundi 9 mars devant le pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité. Le directeur de publication du journal L’Alternance avait été arrêté et emprisonné le 5 février, après la publication d’un article questionnant des déclarations du chef de la junte nigérienne Abdourahamane Tiani, qui avait accusé les présidents français, béninois et ivoirien d’être responsables de l’attaque de l’aéroport de Niamey, fin janvier. Le Niger est un allié du Mali au sein de l’AES. Le journaliste Youssouf Sissoko est donc poursuivi pour, notamment, « offense à un chef d’État étranger ». Le procureur a demandé la peine maximale. La défense a plaidé l’absence d’infraction. Le délibéré a été fixé au 23 mars, dans deux semaines.
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L’audience a duré un peu plus d’une heure. Sollicités par RFI, ni l’avocat du journaliste ni le procureur du pôle judiciaire anti-cybercriminalité n’ont donné suite.
Mais selon l’entourage de Youssouf Sissoko, dont des proches se trouvaient dans la salle de tribunal, le directeur de publication de L’Alternance s’est défendu en affirmant n’avoir fait que son travail de journaliste, publiant un article sous forme de contribution en lien avec l’actualité. Son avocat a plaidé l’absence d’infraction, estimant que le sujet traité relevait de l’« intérêt général » et rappelant que, sous d’autres cieux, cet article n’aurait posé aucun problème.
Peine maximale
Le procureur a, pour sa part, requis la peine maximale, sans préciser le nombre d’années de prison envisagé. Les représentants de l’État ont enfin demandé une amende de deux millions de francs CFA pour le préjudice subi. Le délibéré a été fixé au 23 mars, soit dans deux semaines.
Incompétence ou mensonge
Youssouf Sissoko est poursuivi pour « atteinte au crédit de l’État », « offense à un chef d’État étranger » et « diffusion de fausses informations ». Le 2 février, L’Alternance avait titré en Une : « Le général Tiani sous le coup de l’émotion accuse Macron, Ouattara et Talon », en référence aux propos tenus par le président nigérien contre les présidents français, ivoirien et béninois, après l’attaque de l’aéroport de Niamey, revendiquée depuis par le groupe État islamique au Sahel.
L’article, écrit par l’analyste politique en exil Sambou Sissoko, critique acerbe des régimes militaires putschistes de l’Alliance des États du Sahel, avait d’abord circulé sur les réseaux sociaux avant d’être repris par L’Alternance. « Soit ses services de renseignement sont d’une incompétence abyssale, soit il ment délibérément », écrivait encore Sambou Sissoko, jugeant que « la seconde option » semblait « la plus vraisemblable ».
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«Youssouf Sissoko est en prison avec nous tous»
Le journaliste malien Malick Konaté, contraint à vivre en exil depuis plus de trois ans, témoigne soutien et solidarité à son confrère Youssouf Sissoko, et à tous les journalistes qui tentent de faire leur travail au Mali et dans les pays de l’AES.
« Youssouf Sissoko fait partie des derniers journalistes au Mali qui continuaient toujours d’informer l’opinion. Aujourd’hui, il fait face à la Justice parce qu’il a fait son travail de journaliste, celui de traiter un sujet. Que Youssouf sache que nous sommes toujours avec lui, et que nous allons toujours nous battre pour la liberté de la presse. C’est important de mener ce combat, pas seulement au Mali mais dans le Sahel en général parce qu’aujourd’hui, des journalistes sont considérés comme des ‘apatrides’, des ‘ennemis’ [termes employés par les soutiens des régimes militaires en place contre les voix critiques ou discordantes, ndlr], alors que les journalistes sont là pour informer ».
« Ce n’est pas seulement Youssouf. Youssouf fait face à la Justice, mais il y a de nombreux journalistes aussi qui, même s’ils ne sont pas entre quatre murs, ne peuvent pas exercer leur métier. Donc c’est un combat pour lequel tout le monde doit s’engager. Youssouf n’est pas seul en prison, il est en prison avec nous tous, parce que nous sommes tous privés aujourd’hui de parler, de faire du journalisme, de travailler de façon libre au Mali et même au-delà du Mali, au Burkina Faso et au Niger ».
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