Mali: colère et incompréhension des Bamakois face au manque d’électricité

Au Mali, les habitants de Bamako n’ont plus que quelques heures d’électricité par jour depuis le début de la semaine. Alors que la pénurie de carburant orchestrée par les jihadistes du Jnim pénalise tout le pays depuis le mois de septembre, les délestages massifs viennent s’ajouter aux difficultés du quotidien, et suscitent à la fois l’incompréhension et la colère des habitants de la capitale. Pour leur sécurité, l’anonymat des personnes qui s’expriment est préservé.
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On ne parle même plus de coupures : l’absence d’électricité est devenue la norme. Les Bamakois ne reçoivent plus que deux à cinq heures de courant par jour -un peu plus dans les quartiers privilégiés, rien depuis plus de vingt-quatre heures pour les moins bien lotis.
Réveil après minuit pour travailler
Ibrahim et sa famille font face, non sans dépit : « Actuellement, nous avons entre trois heures et demie et quatre heures et demie d’électricité par jour, ce n’est pas suffisant. »
« Nous avons des lampes rechargeables qu’on utilise très souvent la nuit, explique Ibrahim. Et comme ma femme fait de la couture et que l’électricité vient souvent tard dans la nuit, elle est obligée de se réveiller après minuit pour pouvoir travailler. On ne comprend pas. D’après les autorités, les camions-citernes arrivent à entrer dans Bamako et on dispose de carburant. Mais jusqu’ici, on ne sait pas pourquoi c’est comme ça. »
Problème récurrent
Les délestages intempestifs sont un problème récurrent. Il y a deux ans et demi, alors que les coupures atteignaient des niveaux record, les autorités de transition avaient pointé la « mauvaise gestion » de l’EDM (Energie du Mali), l’entreprise publique de fourniture d’électricité, et justifié les coupures de courant par des vols de camions citernes (l’électricité malienne est majoritairement produite à partir d’hydrocarbures).
En janvier 2024, un ancien ministre de l’Énergie et plusieurs cadres de l’EDM ont même été inculpés et emprisonnés, accusés de malversations -après plusieurs mois de détention, Seydou Lamine Traoré et ses co-accusés ont été libérés provisoirement en attendant leur jugement.
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Taxes et résilience
Par ailleurs, depuis mars dernier, les autorités de transition prélèvent de nouvelles taxes sur les services téléphoniques (recharges de crédit, transferts d’argent…), censées financer de nouvelles infrastructures et améliorer la fourniture d’énergie.
Aussi, Yacouba, un autre habitant de la capitale, ne cache-t-il pas sa colère : « Ça me fait au moins vingt-quatre heures sans électricité. On n’a pas de carburant, pas d’électricité, c’est difficile ! Ce que je n’arrive pas à comprendre, poursuit ce Bamakois, c’est qu’on me demande de payer des taxes [sur les services téléphoniques, NDLR]. Toutes les transactions qu’on fait, on paye, mais ils n’arrivent pas à résoudre la situation. Il y a quoi réellement ? Ça ne va pas. Nous sommes en train de subir beaucoup. C’est trop ! »
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Les plus optimistes espèrent que le problème n’est que passager et veulent faire preuve de « résilience », comme le leur demandent les militaires au pouvoir depuis plus de cinq ans.
Les autres craignent que la situation ne continue de se dégrader.
À ce stade, ni la société publique EDM ni les autorités de transition n’ont communiqué officiellement sur le sujet.
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