Mali: à Mopti, l'arrivée de citernes soulage sans rassurer les habitants

Au Mali, un convoi de camions citernes sous escorte militaire est arrivé le 26 mars au soir à Mopti. De quoi alléger la peine des habitants de la ville, l’une des plus importants du centre du pays alors qu’elle n’avait plus reçu de carburant depuis plus d’un mois. Elle était même privée d’électricité depuis dimanche dernier. Mopti avait déjà passé deux mois sans courant entre octobre et novembre, au plus fort de la crise. Depuis, l’embargo décrété par les jihadistes du Jnim sur les importations de carburant au Mali est moins drastique. Mais si des convois de citernes avaient récemment pu relier la capitale, Mopti – comme d’autres villes en région – n’avait pas encore eu cette chance, avec de lourdes conséquences pour les habitants qui entrevoient désormais une période de répit.
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« L’électricité est revenue hier soir », témoigne un habitant, qui fait part de son « soulagement » après cinq jours privé de courant. Sans être rassuré pour autant. « Ça va permettre de tenir quelques semaines », confie un autre, lui aussi partagé entre la bonne nouvelle immédiate et les incertitudes de long terme.
Les stations-service étaient encore toutes fermées jeudi. Ce vendredi matin, de longues files d’attente ont commencé de se former avant même la reprise de la distribution. « Il faut se dépêcher, ça ne va pas durer », conseille un notable, qui affirme que le carburant convoyé est rapidement détourné pour alimenter le marché noir, où il est revendu au moins deux fois plus cher. Une préoccupation relayée par d’autres habitants. « C’est catastrophique, je paye plus pour le carburant que pour les aliments », témoigne avec dépit un chef de famille, également inquiet pour l’éducation de ses enfants. Il déplore : « Dans les écoles, des heures de cours ont été supprimées à cause des difficultés de mobilité, et ça n’a pas changé depuis la rentrée », en octobre dernier, il y a six mois.
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Artisanat, pêche et santé impactés
Les commerces, restaurants et petits artisans qui n’ont pas investi dans des panneaux solaires sont soumis aux livraisons aléatoires et largement insuffisantes de carburant, et ne peuvent plus travailler normalement. « La pêche est l’une des principales ressources de la ville, rappelle un habitant de la « Venise du Mali ». Mais les vendeurs manquent de glace pour transporter le poisson ! C’est un problème pour toute la filière ! »
« Même les centres de santé sont durement affectés », poursuit un autre, qui précise que l’hôpital est doté de panneaux solaires permettant d’assurer les soins les plus urgents, mais que, jusqu’à ce jeudi, « ses générateurs n’avaient plus de gasoil ».
Mardi, la télévision d’État ORTM diffusait un reportage tourné à Mopti, entièrement consacré à un nuage de poussière et à la qualité de l’air. Les habitants joints par RFI déplorent le « silence total » des autorités. Quant à celui des habitants, certains l’expliquent ainsi : « Personne ne proteste, c’est trop risqué », « nous sommes condamnés à une résilience forcée. »
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