Madagascar: Mille-feuille

Jour férié ou chômé, il y a des pans entiers de la population qui n’ont pas d’autre choix que de vaquer à leurs occupations quotidiennes, qu’il vente ou qu’il pleuve. Et c’est bien le cas de le dire en ces temps cycloniques.
Passée la plus grosse alerte, les épiceries de «marchandises générales» ouvrent ; les échoppes de «mofo gasy», «ramanonaka et «menakely» attendent d’offrir un café chaud ; les marchands de fruits et légumes sont au rendez-vous des clients habituels qui doivent faire le «tsena» au jour le jour.
Tout le monde a vu les images terribles de la dévastation dans la ville de Toamasina. Le cyclone de mars 1959 n’avait pas été plus clément, mais la mémoire populaire n’en a pas gardé un souvenir précis. Et l’absence, à l’époque, de Facebook ne permettait pas cette accumulation d’images de ruines et de désespoir que «Gezani» laissera aux générations futures. Et pourtant, dès le 1er avril 1959, l’état d’urgence avait été décrété sur tout le territoire national : mais, à l’époque encore, aucun groupe Mahaleo n’existait pour raconter en musique l’effroi d’un «Kamisy».
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Laissons 1959, quittons 1984, et retrouvons la réalité banale de 2026 dans la Capitale d’un pays en sous-développement. Les vélos-taxi attendent, mais leur clientèle habituelle doit être concernée par la dispense officielle imposée par cette parenthèse cyclonique. Léger bouchon derrière un pousse-pousse et sa cargaison de sacs de charbon, le temps également de dépasser une charrette à bras qui va livrer quelque part cette épave de 3CV, châssis et éléments de carrosserie démontés pêle-mêle.
L’exiguïté des maisons et l’extrême promiscuité qu’elle suppose poussent sans doute encore davantage de gens pauvres d’un PMA (pays moins avancé) vers les bars. Attente plus improbable pour les restaurants qui escomptaient que les familles fassent de ce jour un weekend anticipé.
Bombance là, drame ailleurs. Réalité et réalisme d’une île-continent, mille-feuille ethnico-socio-économique. Le grand mot de «Fihavanana» en prend un coup quand le toit s’envole mais que le passant subtilise encore la feuille de tôle ondulée. Madagascar, archipel d’une mosaïque intérieure, qui doit encore découvrir comment enfin faire nation.



