Madagascar: dans les bas-quartiers d'Antananarivo, les prostituées sensibilisées au Mpox

Depuis le début de l’épidémie de Mpox à la mi-décembre 2025, plus de 850 cas ont été notifiés. Ce week-end, le porte-parole du ministère de la Santé publique a annoncé que 209 patients ont été déclarés guéris et aucun décès n’a été rapporté. Dans les grandes villes du pays, les sensibilisations auprès des publics les plus vulnérables ont commencé. Les prostituées sont particulièrement ciblées tant le risque pour elles d’attraper le virus et de le propager est élevée.
Publié le : Modifié le :
2 min Temps de lecture
Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud
Sur un petit bout de trottoir à Antananarivo, à l’abri des regards indiscrets, les travailleuses du sexe abandonnent quelques minutes leur emplacement habituel pour écouter les recommandations des éducatrices pairs de l’Association des femmes samaritaines.
« Merci les filles de prendre ce temps. Je suis Rebecca. Et aujourd’hui, on va vous informer sur la variole du singe. Vous en avez déjà entendu parler ? », demande l’éducatrice. « Oui. Selon ce que j’ai entendu à la télévision, ça gratte et ça donne des vésicules », répond une femme.
« Ça commence en effet avec des points rouges sur le corps qui démangent. Et vous qui travaillez avec votre corps, vous pouvez aussi en voir apparaitre particulièrement sur le pénis, dans le vagin, bref, sur les parties intimes. Comme ici, sur ces photos. Je sais que vous êtes souvent dans la pénombre, mais essayez au maximum de vérifier le corps de votre client avant de commencer. Car quand vous serez dans l’action, ce sera trop tard », prévient l’éducatrice.
« Ça fait peur »
Rebecca Vonintsoa dispense ses conseils. Aux travailleuses du sexe, elle recommande plus que jamais le port du préservatif et du masque. Ce à quoi l’une des plus anciennes rétorque : « Tu sais, il y a des clients qui refusent qu’on porte le masque et surtout le préservatif. Ils nous proposent un tarif plus élevé, et comme nous on a besoin d’argent, on ne refuse pas. »
À l’écart des autres, une prostituée nous confie : « Ça fait peur et en plus c’est très visible. Quand tu l’attrapes, ça se voit sur ton visage, tes mains, contrairement au VIH que personne ne peut voir. »
Les travailleuses du sexe font partie aujourd’hui des catégories de personnes les plus exposées au virus et les plus susceptibles aussi de le propager. En cas de doutes ou d’apparition des symptômes, la population est invitée à se rendre dans le centre de santé de base le plus proche ou directement dans un centre de traitement et d’isolement. À date, sept centres existent dans la région de la capitale et une centaine, à l’échelle du pays.
Du point de vue épidémiologique, d’après les informations que nous avons eues lors de la réunion du comité de suivi du Mpox à Madagascar, ce sont les jeunes avec une moyenne d’âge de 24 ans qui sont les plus infectés. Ces travailleuses de sexe sont particulièrement exposées : parmi les modes de transmission du Mpox, il y a le rapport sexuel, l’échange de salive, les contacts corporels.
Pour le docteure Esther Rarivoharilala, coordonnatrice technique du Réseau association des femmes samaritaines, il est indispensable que les travailleuses du sexe bénéficient d’un soutien particulier durant cette épidémie
À lire aussiL’épidémie de mpox se poursuit à Madagascar et affecte également la Réunion et les Comores voisines



