Madagascar: à Tamatave, «c'est la désolation» après le passage du cyclone tropical Gezani

À 19h30 ce mardi 10 février, l’intense cyclone tropical Gezani s’est abattu sur la côte est de Madagascar, atterrissant directement sur la deuxième plus grosse ville du pays, Tamatave. Ce mercredi matin, le jour se lève sur une cité portuaire dévastée par l’effet combiné des pluies et des vents d’une extrême intensité.
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Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud
Le soleil est revenu sur Tamatave, mais les pluies diluviennes de mardi soir et les rafales de vent qui ont atteint les 270 km/h ont laissé derrière elles des scènes de désolation. « C’est le chaos total, 90% des toits des maisons se sont envolés, tout ou en partie », confie à RFI, Rija Randrinarisoa, responsable du département de gestion des risques et catastrophes d’Action contre la faim, qui est sur place et qui a commencé les premières évaluations avec ses équipes.
Toits envolés, murs effondrés, poteaux électriques au sol, arbres arrachés, inondations… Les premiers témoignages que nous avons pu recueillir font état de scènes apocalyptiques en ville. Même les maisons en dur ont subi de lourds dégâts.
Des pluies diluviennes et des vents forts
Les pluies diluviennes et les vents emmenés par Gezani – enregistrés entre 200 et 270 km/h – près du centre n’ont pas laissé beaucoup de chance à la population de la ville portuaire.
Le premier bilan officiel donné à 8 heures par le Bureau national de gestion des risques et catastrophes (BNGRC) fait état de neuf morts, suite à des effondrements de maison, dans la région d’atterrissage du cyclone.
Le réseau de télécommunication est fortement perturbé et l’électricité reste totalement coupée, et ce, depuis 15h ce mardi, ce qui risque de compliquer la situation ces prochaines heures.
Une réunion de crise se tient, en présence de tous les acteurs sur place mais aussi du colonel Michael Randrianirina, le président de la Refondation qui avait fait le déplacement vers Tamatave dès lundi. L’objectif est de définir les activités de secours à prioriser pour venir en aide à une population sous le choc et qui, en quelques heures, a tout perdu ou presque.
« La ville est dévastée »
« La ville est dévastée », glisse à RFI un habitant. Malgré les consignes de rester à l’abri, la population est majoritairement dans la rue ce matin. Les anciens sont assis sur les trottoirs, hébétés. Les plus vaillants s’attèlent à rassembler les tôles qui se sont envolées et à sauver des inondations le matériel et les documents qui peuvent encore l’être.
Impossible de circuler en voiture pour l’instant, tant les routes sont encombrées d’arbres, de mobilier urbain arraché et de matériaux divers. Le réseau de communication téléphonique, fortement affecté, reprend progressivement, mais l’électricité est totalement coupée depuis mardi 15 heures, ce qui risque de compliquer la situation ces prochaines heures.
Cette nuit, le BNGRC a été submergé par les appels à l’aide. Sur les réseaux sociaux, de nombreux habitants ont également posté des appels au secours, expliquant être bloqués par la montée des eaux.
La capitale économique n’avait plus vécu de cyclone aussi violent depuis 2012. Un habitant a raconté à RFI avoir eu cette sensation de cerveau complètement comprimé, de corps écrasé, pendant le passage du cyclone, tant la chute de la pression atmosphérique a été brutale.
Rétrogradé en forte tempête tropicale cette nuit
Le cyclone se déplace vers l’ouest. Dans la nuit, il a été rétrogradé au stade de forte tempête tropicale et évolue actuellement à une centaine de kilomètres d’Antananarivo. Les pluies intenses qui se sont abattues toute la nuit sur la capitale font craindre des éboulements, notamment des falaises surplombant des quartiers entiers de la ville.
Ce qui inquiète aussi particulièrement les autorités, c’est la forte densité dans cette plaine d’Antananarivo qui est traversée par trois rivières. Une plaine dont les digues ont déjà été fortement affectées ces dernières semaines par les pluies diluviennes et la tempête Fitya il y a 15 jours.
Depuis quelques heures, la pluie a laissé place à des vents forts. Trois régions sont toujours en alerte rouge, signe de danger imminent. La tempête continue de s’affaiblir, tout en poursuivant sa route vers l’ouest. Il devrait sortir par le canal du Mozambique ce soir. Dans les cinq régions traversées par le cyclone, la journée est chômée et les écoles fermées.
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