L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4]

La Centrafrique poursuit lentement mais résolument son processus de reconstruction. À Bouar, une ville d’environ 30 000 habitants située à l’ouest du pays, l’hôpital préfectoral renaît progressivement après plusieurs années de profondes difficultés. Manque de personnel qualifié, insuffisance d’infrastructures adaptées, pénurie de médicaments et d’équipements médicaux… Autant de défis qui ont longtemps empêché cette formation sanitaire d’assurer pleinement sa mission première : sauver des vies. Aujourd’hui, en complément des efforts engagés par le gouvernement pour améliorer la qualité des soins, une nouvelle étape vient d’être franchie. Début février 2026, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a doté l’établissement en équipements médicaux, redonnant espoir au personnel soignant comme aux populations locales.
De notre correspondant de retour de Bouar,
Dans les couloirs silencieux du service des urgences, le temps semble suspendu. Sur les lits usés, les patients tentent de trouver le sommeil. Le bras relié à un sérum, ils observent presque machinalement les gouttelettes tomber une à une, au rythme lent de l’attente. Cet hôpital fonctionne avec des services limités : la chirurgie, la maternité, la pédiatrie et les urgences.
Martin Zekana est le médecin-chef de cet hôpital : « Nous avons un circuit d’évacuation qui est clairement défini pour des cas qui dépassent notre plateau technique. Il s’agit entre autres des cas de traumatologie, des accidents de la voie publique où il y a des fractures ouvertes. On n’a pas un service de traumatologie, ni de radiologie qui peut nous situer sur la lésion osseuse. Devant cette situation, nous transférons les patients à l’hôpital général de Bangui. »
Mireille, victime d’un accident, fait partie des patients pris en charge dans cet établissement. Comme beaucoup d’autres, elle vient de loin, du village de Kpocté, situé à proximité de Bouar : « À chaque maladie, nous sommes obligés de venir ici parce que dans mon village, il n’y a pas de centre de santé. Nous transportons les malades sur des motos ou dans des pousse-pousse, même les femmes enceintes. Nous sommes heureux que l’hôpital soit doté d’équipements qui permettront de sauver des vies et de s’occuper des malades. »
Des défis à relever
Cette dotation du HCR permet de relever le niveau du plateau technique de l’hôpital, explique le docteur Martin Zekana, médecin-chef : « Nous avons reçu le Dinamap, qui est un moniteur de paramètres vitaux d’un malade au niveau du bloc opératoire. Nous avons aussi reçu des lits de réanimation, des lits mécanisés. Il y a également des appareils qui nous permettent de voir dans quelle mesure le malade a besoin d’oxygène ou pas. »
L’hôpital de Bouar est le plus grand de toute la préfecture. Mais avec l’accroissement de la population, sa capacité d’accueil reste limitée et le nombre de spécialistes se compte sur les doigts d’une main. « Nous avons des difficultés d’accès à l’électricité et à l’eau potable, explique le docteur Zekana. Il y a aussi d’autres défis à relever en termes d’extension d’infrastructures, la nécessité d’avoir un centre d’imagerie et surtout de rehausser notre plateau technique. »
Toutefois, un autre problème majeur s’impose : l’hôpital ne dispose pas de morgue. En cas de décès, le corps est remis directement aux parents pour inhumation. C’est un besoin réel qui se fait sentir dans cette formation sanitaire.
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