Libye: avec l'assassinat de Saïf al-Islam, le retour au pouvoir du clan Kadhafi s'éloigne

Près de quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, tué à Syrte en 2011, l’assassinat de son fils Saïf al-Islam, mardi 2 février à Zintan, dans le nord-ouest de la Libye, résonne comme la fin probable du kadhafisme. Dernier héritier politique, il restait, pour les tribus libyennes et –surtout pour son clan –, un symbole du retour des Kadhafi au pouvoir.

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La mort de Saïf al-Islam Kadhafi va certainement avoir des conséquences sur l’avenir du processus politique en Libye. Aucun autre membre du clan ne bénéficie aujourd’hui de sa popularité ni de son influence. 

Selon plusieurs observateurs, « cet assassinat pourrait également avoir des répercussions sur les parties rivales en Libye ». La disparition d’une figure perçue comme capable de rassembler « ne serait pas forcément dans l’intérêt du pays », selon les mêmes sources.

Pour Virginie Colombier, docteure en sciences politiques et professeure à l’université Luiss Guido Carli de Rome, la mort de Saïf al-Islam profite à un certain nombre d’acteurs politiques qui le percevaient comme un rival.

Saïf al-Islam Kadhafi reprenait le flambeau d’une Libye unie et qui était rassemblée autour d’un grand projet de réconciliation nationale. Ce n’était pas quelque chose de bien vu de la part des deux principaux centres de pouvoir qui voyaient la perspective d’une troisième composante comme un possible danger pour leurs capacités à se mettre d’accord et à partager le gâteau du pouvoir et des ressources.

Virginie Colombier, docteure en sciences politiques et professeure à l’université Luiss Guido Carli de Rome

Houda Ibrahim

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La réconciliation nationale, première victime

La réconciliation nationale libyenne apparait comme la première victime de l’exécution de Saif al-Islam. Déjà fragile, réunir les Libyens dans un dialogue s’est avéré impossible. Pas moins de sept envoyés spéciaux onusiens ont échoué jusqu’ici, dénonçant le peu de volonté des parties au pouvoir de s’impliquer dans cette réconciliation.

Cela a été le cas, à titre d’exemple, en 2019 quand l’administration américaine a donné au Maréchal Khalifa Haftar le feu vert pour attaquer Tripoli, dix jours avant la date prévue. Une séquence qui avait conduit à la démission de l’envoyé onusien Ghassan Salamé.

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Un processus politique fragilisé

Saif al-Islam est la troisième personnalité de haut niveau tuée au cours des derniers mois. Une multiplication des « assassinats politiques » qui inquiète les experts, lesquels craignent une déstabilisation de l’équilibre interne du pays et une remise en cause du processus politique en cours.

Son assassinat intervient en outre à un moment sensible, alors que les Nations unies tentaient de relancer une nouvelle formule de dialogue national, avec une échéance évoquée pour novembre prochain.

Des efforts qui pourront, à nouveau, ne pas aboutir.  « Le risque maintenant, c’est que ce processus de dialogue soit sérieusement perturbé », a averti sur notre antenne la spécialiste de la Libye Virginie Colombier. Dans ce contexte, un regain de tensions n’est pas exclu.

Enfin, des acteurs régionaux et internationaux pourraient tirer profit de la disparition de Saïf al-Islam Kadhafi. Ce dernier exprimait souvent son désaccord avec la gestion actuelle de la Libye, qu’il jugeait largement influencée par des puissances étrangères, estimant qu’elle est influencée par des puissances étrangères, notamment les États-Unis et la Turquie.

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